LE MAINE.
1 39
Primitivement les trois murs de la chapelle, où se trouvent probablemententassées le plus grand nombre de statues que l’on ait jamais pu admirer d’uncoup d’œil, étaient décorés avec une égale richesse. Mais peu après l’achèvementdes travaux, un mouvement qui se produisit dans la construction en même tempsqu’il endommagea considérablement les parties situées à l’est et au nord, forçade porter dans le transept sud toute la décoration supérieure jadis appuyéecontre le mur occidental. A cette place, nous voyons aujourd’hui une compositiond’un caractère tout différent du reste et d’une exécution bien inférieure, qui repré-sente Jésus au milieu des docteurs et semble la traduction d’une gravure allemande.Certes, nous n’avons pas à nous occuper d’une œuvre aussi médiocre, pas plus quenous ne ferons attention aux personnages principaux du groupe de ïAssomption,évidemment refaits en même temps que l’arcade sous laquelle ils sont abrités 1 .
Dans la pensée de Jean Bougler, la chapelle entière devait être un poèmeen l’honneur de la Vierge; nous pourrions ajouter un poème avec gloses et com-mentaires, car tout autour de chaque grande scène se montrent, soit en pied,soit en buste, dans des niches à crousilles ou sous des dais à double lanternon,les personnages les plus célèbres par leur science et leur doctrine. Tous ne sont pasreconnaissables; mais, cependant, il est permis de citer, outre saint Timothée,le disciple chéri de saint Paul, saint Denys l’Aréopagiste, saint Anselme, saintBernard, saint Bonaventure et saint Pierre Damien. Pour notre part, nous trou-vons que le prieur de Solesmes a fait trop ouvertement étalage d’érudition et cesinscriptions multipliées, qui n’entrent pas dans la décoration, troublent l’esprit dèsle premier instant, ne permettent pas d’appliquer son attention aux sculptureset semblent, malheureusement, placer l’art dans une subordination regrettable.
L’une des principales compositions, celle qui occupe toute la partie inférieurede la paroi septentrionale, est consacrée à l’ensevelissement de la Vierge. Evi-demment, en choisissant ce sujet, on a voulu donner un pendant à la célèbreMise au tombeau qui se voit de l’autre côté de l’église. Les choses sont mêmeallées si loin, que certains personnages se présentent à nous, des deux parts, dansune attitude absolument semblable 2 . De là un manque d’originalité qui ne laissepas de choquer quelque peu. Aussi, de préférence, l’attention se porte-t-elle sur
x. Du côté de l’est, les désordres ont été moins considérables, ec Jean Bougler, s’il revenait à la vie, trouveraitencore tous les détails du programme compliqué, destiné à rappeler, d’après l’Apocalypse, l’action de la Vierge dans l'église.
2. De même que le Christ, la Vierge est représentée au-dessus du tombeau, à moitié enveloppée dans un linceuldont les extrémités sont tenues non par des apôtres, mais par des personnages du xvi e siècle. La Madeleine bien connue estremplacée par un jeune religieux également assis du côté droit. Quant aux deux figures debout, à gauche de saint Pierre,elles ont un rapport frappant avec celles qui se voient près de la Vierge, en pendant à saint Jean et a Joseph d Arimathie.