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Tome III.
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LA RENAISSANCE EN FRANCE.

les figures dont la physionomie et le costume rappellent des contemporains,admis par un anachronisme voulu à prendre part à l’action. On admire, d’un côté,Jean Bougler et, de l’autre, Jean des Marais 1 , c’est-à-dire l’inspirateur de l’œuvreet le principal artiste auquel l’exécution a été confiée. Quant au jeune religieuxassis en avant du sarcophage 2 , rien n’empêche d’y reconnaître, ainsi qu’on l’a pro-posé 3 , un des neveux du prieur de Solesmes.

Dans la représentation de l’ensevelissement de la Vierge, nous l’avons dit, leslignes générales de la composition et jusqu’à un certain point 1 attitude de chaquepersonnage étaient commandées par le voisinage d’un chef-d’œuvre que l’on necroyait pas pouvoir surpasser. Aussi, pour juger entièrement, au point de vuede l’arrangement et de la conception, le mérite des sculpteurs que Jean Bougleravait appelés à remplir son programme, faut-il examiner, du côté de l’est, enarrière d’un autel, les grandes scènes destinées à nous faire connaître, sous uneforme tout à fait nouvelle, le trépas de la mère de Dieu 4 5 . Marie, qui sent venirsa dernière heure, n’est pas étendue sur un lit, mais à genoux, dans une sorted’extase ; elle reçoit de son fils le sacré viatique L Suivant la tradition, tous lesapôtres l’entourent, et deux d’entre eux qui symbolisent plus particulièrement lafoi et l’amour, nous voulons dire saint Pierre et saint Jean, lui prêtent le soutiende leurs mains pieuses.

Sans aucun doute, l’idée de rompre, dans la circonstance, avec la tradition dumoyen âge appartient à Jean Bougler 6 , et le sculpteur n’a fait que se conformerle plus possible au programme qui lui était imposé. Mais ce dernier n’en méritepas moins nos éloges pour la manière dont il a procédé à l’exécution. La période

1. Si toutefois nos conjectures ont quelque fondement.

2. Les bas-reliefs qui ornent les trois faces visibles du sarcophage méritent d’être signalés. En commençant par lagauche, nous avons Salomon allant au-devant de sa mère Bethsabée qu’il fait placer sur un trône à côté de lui, Judith, sui-vie de sa servante Abra, montrant la tête d’Holopherne aux défenseurs de Béthulie, Esther aux pieds d’Assuérus, qui luioffre la moitié de sa couronne, Jésus chez Marthe et Marie. Ces quatre scènes sont autant de figures de la Vierge.

3. Cartier, op. cit., p. 55.

4. Nous ne savons pourquoi D. Guéranger (Etudes historiques de l’abbaye de Solesmes ), D. Guépin (Description deséglises abbatiales) et M. Cartier (op. cit.), à propos de la scène qui nous occupe en ce moment, parlent de la pâmoison dela Vierge. Pareille expression s’applique à la défaillance que la mère de Dieu éprouva au pied de la croix et non à ses der-niers instants sur la terre.

5. Virginis obdormitiorii. dit une inscription gravée sur le livre que tient un apôtre, à droite de saint Pierre, Jésusoccurrit d.ansque illi sancta dixit : Accipe hoc, chara mea, quod mox complebo tibi una cum pâtre meo.

6 . M. Cartier (op. cit., p. 101-103) s ’ est beaucoup appuyé sur la manière dont était figurée la mort de la Viergepour assigner aux sculptures de Solesmes une origine flamande. Suivant lui, nous aurions là une traduction des idées expri-mées par Molanus, à la suite de deux théologiens du xvi e siècle, Jean Mayer et Josse Clichthove. Pour le besoin de la cause,le prieur de Solesmes, que le docte critique, quelques pages plus haut, nous montrait dirigeant toute la décoration de lachapelle, est même mis de côté, et les prétendus sculpteurs d’Anvers auraient reçu directement de leur compatriote « leprogramme de la composition ». Pour nous, nous croyons, au contraire, que rien ne s’est fait sans l’ordre de Jean Bougler,qui a bien pu, lui aussi, avoir l’idée d’apporter un changement dans la manière de représenter le trépas de la mère de Dieu.