LE MAINE.
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offre encore aujourd’hui l’un des plus beaux spécimens de l’architecture dux vi e siècle. Les tours, d’un diamètre considérable, sont ornées avec une rareélégance, et comme la défense ne joue ici aucun rôle, on n’a pas craint d’inter-rompre les mâchicoulis au droit des fenêtres. Du reste, ces dernières, de labase au faîte, forment en réalité un tout continu, et les hautes parois setrouvent ainsi coupées verticalement par de grandes lignes d’une extrêmerichesse. Nous ne disons rien du double bandeau qui indique la séparationdes étages, non plus que des médaillons à têtes saillantes si heureusementplacés au milieu des surfaces planes.
Nous savons qu’en 1525, à la mort de Jacques de Daillon, tué glorieu-sement à la bataille de Pavie, le château du Lude était en pleine construction.Le commencement des travaux peut donc être fixé approximativement à 1520et c’est ce qui explique pourquoi il ne reste plus dans l’ornementation aucunetrace du moyen âge. Tout appartient à cette période gracieuse de la premièreRenaissance, qui a semé d’arabesques les pilastres, décoré magnifiquement lesallèges des fenêtres et découpé sur les toits de grandes et riches lucarnes 1 .Certes, on trouverait difficilement quelque chose de plus élégant, et nousvoudrions bien, pour notre part, connaître le nom de l’habile architecte qui,après avoir terminé, vers 1530, la demeure des Daillon, fut appelé à Vitré, oùla comtesse de Laval, on l’a vu plus haut 2 , désirait l’employer à l’embellissementde sa chapelle 3 .
Tous les châteaux n’ont pas été bâtis d’un seul jet, et il en est plusieurs,au contraire, qui portent l’empreinte, non seulement des âges les plus divers,mais encore, vers la même époque, des inspirations les plus opposées. Telleest, par exemple, aux environs d’Évron, dans la Mayenne, la poétique résidencedes Le Gonidec, ces successeurs intelligents des Le Maire et des Bouillé. Sonnom, Le Rocher, lui vient sans aucun doute de ce que, primitivement, on s’estservi pour l’asseoir d’une masse solide, émergeant d’une immense pièce d’eauaujourd’hui rejetée en arrière et ne baignant plus que deux côtés de l’ancienquadrilatère. Lorsqu’on voulut égayer cette forteresse, naturellement un peutriste et sombre, on commença par abattre environ la moitié de l’enceinte ;
1. Les lettres N N que portent quatre cartouches sur le chambranle d’une fenêtre, à gauche de la façade, constituentpeut-etre le monogramme de l’artiste auquel est due la sculpture de cette partie du château.
2. P. 30,
3- L y a quelques années, on adécouvert, dans l’épaisseur des murs de la tour de droite, une petite piece entière-ment décorée, vers 1535, de peintures à fresque. Outre le Triomphe de Chasteté, on y voit Noé faisant entrer les animaux
dans 1 arche et diverses scènes du patriarche Joseph.