L’ANJOU.
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Tel que nous venons de le faire connaître, le grand cloître de Fontevrault,tout entier bâti en style de la Renaissance, peut passer à bon droit pour uneœuvre des plus remarquables. Ses arcades, largement ouvertes sur le préau,décrivent une courbe élégante et si l’ensemble, vu la sobriété des détails, conserveune apparence sévère, il n’a rien de morose ni de triste. L’architecte a surtout euen vue de présenter dans toute sa pureté une ordonnance classique et l’on nesaurait lui reprocher d’avoir compris non seulement sous le même tailloir, maisencore sous les mêmes volutes, les deux chapiteaux de ses colonnes. Tout autrecombinaison l’eût forcé à développer ses ingénieux contreforts, par conséquentà masquer tant soit peu les arcades, s’il n’aimait mieux les rétrécir.
La construction de la galerie orientale est naturellement postérieure à celledu « grand corps de logis » auquel elle est adossée 1 et qui comprend, au rez-de-chaussée, une vaste salle capitulaire 2 . Mais l’architecte que nous venons devoir à l’œuvre ne semble pas avoir présidé à des travaux où à force de vouloirchercher la légèreté, on n’est arrivé qu’à la maigreur et à la sécheresse. Puisla sculpture, aussi bien aux voussures de la porte que dans les embrasures desfenêtres, loin d’accuser le moindre talent, surprend par sa mauvaise exécution.Monogrammes, emblèmes et bas-reliefs sont traités avec la même négligence.Louise de Bourbon qui, dans le gouvernement de la célèbre abbaye, montra unemain ferme et un esprit élevé, ne possédait évidemment pas le sentiment del’art, car autrement elle eût difficilement accepté d’attacher son nom à desembellissements contestables.
Précédemment, à propos du tombeau des d’Amboise à la cathédrale deRouen, nous avons longuement parlé de Roulland Leroux, le célèbre architectenormand 3 . Si nous en croyons certains documents, cet homme habile entre tousaurait été appelé à Angers en 1518 par François de Rohan, fils du maréchalde Gié, alors évêque de la ville 4 . Mais à quelle œuvre lui proposa-t-on d’em-ployer son talent ? C’est ce que nous ignorons complètement. Peut-être y a-t-ilquelque rapprochement à faire entre le voyage indiqué et la construction desflèches de la cathédrale, qui fut précisément entreprise cette même année ARoulland Leroux, dont le talent venait de s’exercer sur une matière à peu près
1. Mémorial , p. 66. La première pierre fut posée en 1539 et les travaux durèrent quatre ans, ainsi que le montrentles dates de 1541 et 1543 inscrites, en divers endroits, sur des cartouches.
2. Cette salle est décorée de peintures à fresques, exécucées en partie par Thomas Pot, vers 1567, et représentant,aux cotés de différentes scènes de la Passion, les portraits de plusieurs abbesses.
3. T. II, p. 261.
4. Bauchal, Nouveau Dictionnaire des architectes français, p. 367.
5- Ces flèches écaient auparavant en charpente couverte de plomb.