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LA RENAISSANCE EN FRANCE.
établir, tant par la richesse que par la dissemblance des lignes, un saisissant effetde contraste.
Du reste, la partie inférieure, qui n’a guère subi les atteintes du temps, peutnous faire connaître comment le maître entendait parfois la décoration. Lenombre des divisions est trop considérable pour l’espace occupé et, mêmeen employant alternativement un grand et un petit pilastre, on n’est arrivé àcréer que de véritables rainures L Statues et dais débordent donc à droite et àgauche, ce qui produit une certaine confusion. L’encadrement que l’on semblaittant tenir à conserver n’a plus de raison d’être. En outre, pour n’avoir pasvoulu adopter le parti si sage d’un retrait et d’une balustrade, on s’est vu obligéd’altérer le rôle du soubassement qui, chargé de fournir dès lors la lumière àune galerie intérieure, se trouve malencontreusement percé d’une série d’ou-vertures.
En même temps que Jean de Lespine poursuivait son œuvre de transfor-mation, deux sculpteurs dont les noms sont déjà familiers à nos lecteurs, JeanGiffard et Jean Desmarais 1 2 , par convention conclue le 11 mars 1537, s’engageaientà faire et parfaire les huit statues représentant saint Maurice et ses compagnons,que nous voyons encore aujourd’hui à la même place. Toutes devaient avoir « septpieds de long » et porter la brillante armure des chevaliers du xvf siècle, c’est-à-dire « la cotte d’armes, l’épée, la lance et le pavois 3 ». Il n’est pas questiondu heaume et les artistes ont été libres de coiffer diversement les vaillants sol-dats. Nous croyons, cependant, qu’il ne faut pas mettre à leur compte certainspanaches trop développés, non plus que certaines figures trop renfrognées. Unrestaurateur maladroit 4 a seul pu faire ainsi dégénérer l’art en caricature. Autantles corps sont bien posés, les armures soignées et tout à fait dans le goût duxvr siècle, autant les têtes, écrasées pour la plupart sous des casques ou chape-rons empruntés à une fantaisie moderne, témoignent de la plus grossière négli-gence. Jean Giffard, qui avait la direction de l’œuvre, puisque ses honorairesfurent fixés à quarante-huit livres, tandis que ceux de son collaborateur ne s’éle-
1. Pour bien faire, il eût fallu n’avoir que sept divisions au lieu de huit. Saint Maurice se fût alors trouvé au centre,ce qui eût été préférable. Il est vrai que le nombre pair semble avoir toujours été en prédilection auprès des artistes ange-vins, puisque, quelques années auparavant, en 1516, un « ymaigier a nommé Macé Briand, ayant reçu mission de décorerle pignon de la cathédrale, n’avait, aux côtés du chef de la légion thébéenne, rangé que » trois gens d’armes # seulement. Cesquatre statues, mutilées en 1533, ont été sacrifiées au moment de la reconstruction dont nous nous occupons. Cf. Réper-toire archéologique de l’Anjou 1865, p. 239.
2. Voir plus haut, p. 135 et 138.
3. Registres de la fabrique } t. IV, p. 221 et 273. Le texte de la convention est aussi donné dans Thorode, Noticessur la ville d’Angers ; mss. 879,p. 140.
4. Probablement Antoine Dantan en 1838.