L’ANJOU.
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ble-t-il, il y a des choses qui, dès le premier instant, devraient sauter aux yeux, etl’on ne comprend guère, par exemple, que nul jusqu’ici ne se soit aperçu de lasurélévation du château de Serrant 1 . A l’origine, le plan ne comportait, au-des-sus du rez-de-chaussée, qu’un seul étage, et sur la toiture se détachaient au droitdes fenêtres d’élégantes lucarnes. Les rampants du pignon, encore visibles du côtédroit, indiquent assez cette première disposition qui est absolument conforme àtout ce qu’aimaient et pratiquaient nos vieux constructeurs 2 . Le deuxième étage,assez semblable à un attique, n’a été ajouté que beaucoup plus tard, lorsqueGuillaume Bautru, sous Louis XIII, entreprit de terminer le château commencédans les dernières années du règne de François I er , par Charles de Brie. Lemême seigneur renonça à fermer la cour par un corps de bâtiments moins élevéque le reste et se contenta de développer les deux ailes en retour 3 . Il obtenaitainsi une habitation largement ouverte où tout le faste des grandes réceptionspouvait se déployer à l’aise. Serrant frappe tout d’abord par ses immenses pro-portions ; l’ensemble est si majestueux que l’on oublie volontiers les détails assezpauvres et assez monotones des longues et hautes façades. L’art véritable s’estréfugié à l’intérieur, où l’on admire sans réserve un magnifique escalier à rampesdroites et mur d’échiffre, montant du sous-sol jusqu’au toit. Tous les berceauxdans les parties inclinées et les plafonds au-dessus des paliers sont élégammentdécorés de caissons feuillagés, au milieu desquels s’étale en nombreux écussonsla généalogie des premiers possesseurs.
Deux autres châteaux ont également une grande importance, mais leur dateavancée les soustrait à notre appréciation. Brissac, en effet, n’a été reconstruit quesous Henri IV 4 et Durtal lui est encore de quelques années postérieur 5 . Lestraditions de la Renaissance, sans être tout à fait perdues, sont déjà trop affaiblies.On ne procède plus que par grande masse et l’ornementation elle-même se res-sent du caractère général de lourdeur 6 .
1. Près Saint-Georges-sur-Loire.
2. « Nella Francia si costumano i tecci sopra l’ultime cornici molco alu, dove si fanno habicationi. Per la quai cosabisognando dar luce a tai luoghi, si fanno sopra le cornici alcune fmestre dette lucarne : e chi più, e chi meno ornate,secondo i luoghi. » Sebastiano Serlio, Tutte Vopéré d'archïtettura ) etc., iôip, libro settimo, p. 80.
3. Les deux G enlacés qui se voient principalement dans tons les frontons de l’aile gauche rappellent le prénom deGuillaume Bautru.
4. Au moment de sa mort, le 25 octobre 1611, Jean Potinière, « M° maçon », né a Saint-Georges-de-Montaigu(Vendée), était occupé à la reconstruction du château. Les travaux, jusqu’en 1614 tout au moins, furent continués parMichel Huttin et Léonard Malherbe.
5. La date de 1618 se lit au-dessus de la porte principale.
6. Comme type de décoration remontant au règne de Henri IV, on peut indiquer les chambranles de portes et lescheminées du château d’Avoir, entre Beaufort et Longué. Charles de Chambes et Françoise de Maridor, sa femme,peu après leur mariage en 1593, semblent avoir renouvelé tout l’intérieur. Leurs initiales, C. F., sont enlacées en plusieurs