Band 
Tome III.
Seite
211
JPEG-Download
 

LE POITOU.

21 I

Nous ne savons pas exactement à quelle époque, aux environs de Fontenay-le-Comte, fut commencé le grand château de Coulonges-les-Royaux ; mais, vu,d’une part, la date de 1544 inscrite sur un linteau du rez-de-chaussée, del’autre, l’importance extraordinaire des sous-sols h il est difficile de ne pas remon-ter jusqu’aux années 1540 ou 1541. Dans ces conditions, loin de s’imposer,comme on voudrait le faire croire 2 , le nom de Philibert de l’Orme, au contraire,soulève les plus sérieuses objections. Si le futur surintendant des bâtiments du roi eûtété occupé de la manière que l’on suppose, il ne rappellerait pas avec amertumedans son Mémoire justificatifs que jusqu’à la fin du règne de François I er toutson temps se passa sans « prouffict » à des travaux de vérification sur les côtesde Normandie et de Bretagne 4 . Enfin, quelque grande que soit notre bonne volonté,nous avons peine à comprendre comment Louis d’Estissac, seigneur du lieu, abien pu être guidé dans son choix par la vue des merveilles nouvellement exécutéesà Anet et aux Tuileries h Le premier de ces châteaux n’a été commencé qu’en1552 et le second en 15 64.

Avant de se livrer à des attributions fantaisistes, on eût bien dû examinersi, dans la contrée, il ne se trouvait pas un grand nombre d’édifices traitéssuivant le même esprit. Dès lors que Coulonges-les-Royaux n’est une exceptionque par ses dimensions, nous savons à quoi nous en tenir tout au moins sur lelieu où a résidé, durant longues années, l’architecte cherché. Lui aussi faisaitpartie de cette petite société d’élite signalée plus haut à Fontenay-le-Comte. Enoutre, chose dont l’importance n’échappera à personne, c’est à Mouzeuil 6 , dansun prieuré dépendant de l’évêché de Maillezais alors occupé par Geoffroy d’Estissac,l’ami bien connu de Rabelais, que se rencontre, croyons-nous, le plus anciendes monuments révélateurs 7 . Le prélat, bien que l’histoire ne parle que de songoût pour les fleurs et les plantes rares 8 , était sensible à toutes les séductionsde la Renaissance et les artistes trouvaient en lui un protecteur. Grâce à unefamille riche et puissante, il pouvait, du reste, plus facilement remplir ce rôle;

1. Les terrains extérieurs dominent les cuisines d'environ trois mètres et, au-dessous, s’étendent des caves qui n’ontpas moins de quatre mètres de profondeur.

2. Terre-Neuve, dans Poitou et Vendée, par Octave de Rochebrune, 1887, p. 9.

3. Berty, Les grands architectes français de la Renaissance, 1860, p. 51.

4. Philibert de l’Orme, que Berty ( Op. cit.) fait naître en 1515 et Charvet ( Annales de l'academie d'architecture deLyon, 1880, p. 95) en 1510, ne revint d’Italie qu’en 1536. Avant d’être attaché aux vérifications dont nous venons deparler, il s’arrêta pendant quelque temps à Lyon où il construisit la célèbre maison de la rue Juiverie.

5. O. de Rochebrune, loc. cit.

6 . Tout près de l’Hermenault, à l’ouest de Fontenay-le-Comte.

7. Les autres se voient à Maillezais, à Niort et à la Rochelle.

8. Les jardins de l’Hermenault et de Ligugé jouissaient d’une grande célébrité. Rabelais y fait souvent allusiondans les lettres adressées au prélat.