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LA RENAISSANCE EN FRANCE.
Nous aurions meilleure opinion de Liénard de la Réau si les chapelles enarrière du chœur pouvaient lui être attribuées. Il y a là, en effet, des voûtesà caissons qui font honneur à l’architecte. L’une d’elles porte, sur un pen-dentif, les trois lettres i • c • m • dont l’explication semble assez facile. Seu-lement on veut que Jacques Coiraud de Montaigu 1 soit un sculpteur et nonun architecte 2 . Il pourrait bien avoir été l’un et l’autre à la fois. Dans tousles cas nous sommes à une époque antérieure de plusieurs années.
Des chapelles à caissons, à peu près du même genre que les précédentes,mais beaucoup plus élancées, se voient à l’église Notre-Dame de Poitiers. Maisaucun document ne fait connaître le nom de l’architecte qui très probable-ment venait du dehors, car, sans cela, on ne comprendrait guère l’absencecomplète de toute autre construction du temps de François I er dans la capitalede la province.
Nous ne sommes pas mieux renseignés sur les portails de Chizé et deMagné, aux environs de Niort, bien que le dernier, avec quelque vraisemblance,soit attribué à Mathurin Berthomé 3 4 5 . Tous ses détails les plus caractéristiquesse retrouvent, en effet, dans la belle tribune de l’église Notre-Dame, à Niortmême, qui n’est pas contestée à l’architecte indiqué. Et de fait, la chose pré-senterait quelques difficultés devant les révélations que les archives nousapportent presque chaque jour. Berthomé, qui demeura à Niort durant plusde vingt ans*, était seul employé à toutes les besognes de son art. C’est luiqui bâtit l’hôtel de ville s , lui qui s’occupe des fortifications 6 , lui qui s’engageavec les « fabricqueurs » de l’église Notre-Dame à parfaire, suivant un plan donné 7 ,
1. Ce surnom indique une origine poitevine. Comme Jean Podnière, l’architecte du château de Brissac (voir plushaut, p. 199), Jacques Coiraud était certainement né à Saint-Georges-de-Montaigu, près la Roche-sur-Yon.
2. Benjamin Fillon, Poitou et Vendée } p. 51.
3. Revue poitevine et saintongeaise ; t. I er , n° 7, p. 227.
4. Les documents relatifs à Mathurin Berthomé vont de 1534 à 1553. Ils ne font pas seulement connaître les travauxdu célèbre architecte, mais encore l’endroit précis où s’élevait son habitation : « ... Une maison assise aud. Nyort, en laruhe de Sainct Nycollas... tenant d’une part à la maison et jardin de Mathurin Berthommé, m e masson, et de MargeArribat, et par le devant à la dite ruhe... » Archives du département des Deux-Sèvres, E. 238.
5. Archives de la ville de Niort. Registre numéro 335. Délibérations municipales des 31 juillet, 6 septembre et27 septembre, 1535. P. 37, 44, 51 et 52,
6. Réparations aux fortifications en 1536. Id., p. 119, 133,137, i5oet 151. — Visite des fortifications en compagniedu maire en 1536 et 1537. — Visite du port et du canal en 1536. ld.. passim.
7. Dès le début, Berthomé n’en montra pas moins, paraît-il, des velléités d’indépendance. Entre autres choses, sesdispositions furent prises, suivant la coutume méridionale — d’où l’on pourrait induire peut-être que nous avons affaireà un Gascon ou à un Languedocien — pour contrebuter les voûtes au moyen de contreforts placés à l’intérieur et non àl’extérieur des murs. Mais les « fabricqueurs » ne voulurent pas entendre parler du changement et un procès fut intentépar eux à l’architecte. Le tribunal, afin de s’éclairer, demanda une expertise qui, dirigée par un « maistre masson • deMaillezais, nommé Biaise, ne pouvait qu’être défavorable à la substitution projetée. Berthomé fut donc obligé d’en revenirà la méthode ordinaire pour la construction du pignon occidental et celle des parties adjacentes. Archives municipales.Titre sur parchemin. Cot. 1926. La sentence rendue par le sénéchal est du 28 mai 1534.