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Pensées sur la tactique et la stratégique ou vrais principes de la science militaire / par de Silva
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ET STRATEGIQUE. 34*

richesse. 11 faut que les récompenses leurs offrent des honneurs,des distinctions, des fortunes. II ny a presque plus aujourdhuidans nos constitutions faibles, vicieuses, ou corrompues, il nya presque plus, dis-je ,. de ces grandes âmes que le seul amourde la patrie & de la vertu inspire & enflamme. Peu de genssattacheront au bien public, s ils n en voient résulter leurbien particulier , & peu dofficiers auront du zèle pour le ser-vice , sil ne leur présente pas un lointain heureux & flatteur.La vertu la plus pure doit être dailleurs la mieux récom-pensée , du moins doit elle être honorée ; & si elle ne le pré-tend pas, il faut qu elle le soit pour 1 exemple, car, il n yen a guère de plus pernicieux que la voir oubliée ou né-gligée. * '

Les récompenses pécuniaires ou lucratives , qu on entasseordinairement fur ceux qui n en ont pas besoin, devraientêtre distribuées avec plus de sagesse & dégalité. Les officiers

* Que serait-ce si elle était in-dignement flétrie & persécutée ! Nousgémissons encore fur le sort deBélisaire;mais combien de grands hommes quipour avoir été maltraités avec moinsdéclat, ne T ont pas été avec moinsdingratitude ! Les Souverains ne sau-raient être assez en garde contre sen-tie , cette lâche & sombre rivale dumérite, qui ne cherche qu à le ra-baisser , Sc lui refuse tout ce qui luiett. A.h siis savaient le mal que cev.me pusillanime fait à leur service, &á 1 Etat, lorsqu il règne dans lescours ! J ai vu un grand nombre debons sujets que la calomnie a noircis& perdus 3 je pourrais compterjusqu a dix officiers généraux d untrès-grand mérite, q U i de mon tems& en diffèrens pay s en ont été lesvictimes.

Apelle lit un tableau de ía ca-lomnie, plus instructif q ue tout.cequ en ont dit les philosophes. La cré-dulité avec de longues oreilles avait

d'un côté T ignorance représentéesous la figure dune femme aveugle,Sc de T autre le soupçon sous la figu-gure dun homme agité dune sécré- inquiétude. Elle tendait les mainsà la calomnie, qui occupait le milieudu tableau, & qui avec un regardfarouche secouait une torche de lamain gauche, tandis que de la droiteelle traînait par les cheveux linno-cence fous la figure dune jeune per-sonne , qui semblait prendre le cielà témoin. L envie la précédait aux.yeux perçans Sc au visage pâle &maigre. Elle était suivie de lembû-che , de la trahison, Sc de la flatte-rie. Dans un lointain qui permettaità peine de discerner les objets, onapercevait la vérité qui s avançaitlentement conduisant par la main lerepentir en habit lugubre.

Quelle peinture! Les Souverains,les ministres j & ceux qui occupentles premières places dans un Etat,devraient tous avoir un pareil tableau-