J
PENSEES
SUR
LA TACTIQUE, ET LA STRATÉGIQUE
CHAPITRE PREMIER
RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES.
JLl êst vrai, mon cher ami, qu’ au milieu des armées qui dé-solent & ensanglantent 1’Allemagne , je suis bien à portée demire les observations que vous me demandez , & que vous fe-riez mieux. que moi, íì vous étiez à ma place. II n’ est pasmoins sensible, qu’ on ne saurait avoir, & par le caractère desGénéraux , & par la qualité des troupes , une plus belle occa-ston de méditer fur un art, duquel dépend la prospérité , &íouvent le sort des Etats. Que nous serions heureux, si cesstations pouvaient contribuer à 1’ établissement d’un meilleurlyiteme de Tactique, qui rendit les combats moins meurtriers &plus décisifs, & par conséquent les guerres moins longues &moins ruineuses ! Quel bien ne serait-ce pas pour l’humanité !
Quels maux au contraire ne doit elle pas attendre d’unfysteme auíïi odieux qu’ absurde , qui ne tend qu’ à s’ entre-dé-truire inutilement fans rien décider , qu’à prolonger les guerres,^ qu’à rendre l’Europe un vaste théâtre d’horreur & de sang!
Essayons donc , pour vous satisfaire, de rassembler & demettre dans un certain ordre quelques réfléxions que j’ai faites,F a Plusieurs mois, assez à la hâte , auxquelles j’en ajouteraid autres s Ur i es mat ieres , que vous m’ avez indiquées.
vous vous attendez, peut-être, à quelqu’éloge de la Tactiquemoderne, mais je dois dès à-présent vous annoncer, que mesobservations ne m’ ont pas conduit à être son panégyriste. Jecrois , qu’ elles vous feront voir auíïi, que cette Tactiquen appuyée que fur de faux principes, & qu’on n’y fuit?
A