r6 CONSIDERATIONS
fournitures , il est impossible qu’elles ne manquent quelque foispour cette multitude de valets, d’esclaves, de marchands , &4’autres gens inutiles dont il surcharge son armée, car ce n’estpoint une exagération de dire que íì, par exemple, elle estcomposée de deux cens mille hommes à peine y en a-t-il quatre-vingt mille de cônxbattans. Le soldat Turc est sobre. Le vin & lesautres liqueurs fortes lui font défendues fous peine de lavie, & pour-vu qu’ il ait de Peau avec son pilau il est content. Mais le luxe& le faste des principaux Officiers font exceffifs. Le train im-mense de leurs équipages appesantit les armées, détruit les four-rages , & consume en dix jours ce qui devrait durer un mois.Leurs quartiers & leurs tentes occupent dans le camp une éten-due extrêmement vaste, & ils y étalent une pompe & unemollesse qui leur font très-fouvent funestes.
Lorsque les Turcs font battus ils le font fans ressource,parce qu’ils n’ont aucun ordre de retraite. Ils ne savent quefuir , Le ils abandonnent artillerie , munitions, tentes , équipa-ges , magasins, dépôts, & des provinces entières , où P ennemipeut faire tout ce qu’ il veut avec la plus grande sécurité, &sans craindre qu’ils reparaissent de toute la campagne.
Le coup d’ceil rapide que nous venons de jeter fur le mi-litaire Ottoman nous fait assez voir combien il serait facile d’encorriger les défauts. Mais heureusement des préjugés ridicules,qu’il est encore plus difficile de déraciner, s’ y opposent, &d n 7 ^ pas apparence que les Turcs ouvrent les yeux de sitot. Ils n’ ont aucun officier capable & expérimenté , & ils fonttrop indociles & orguéilleux, trop soupçonneux & méstans pours en raporter à des étrangers. Si même il y avait parmi euxquelque ffige Musulman éclairé & en état d’ être utile à sapatrie, il n’oserait se donner pour tel, crainte d’ être la vi-ctime de la jauloste & de P envie. Voilà quel a été le sortde plusieurs Pachas & autres officiers de la Porte, & toutrécemment encore, après la perte de Chotczim, du brave Ra-nima n Pacha. Tout le monde fait ce qui arriva à Bonne vallorsqu’ il eut l a permiffion de discipliner trois mille hommes,Tant que fes ennemis regardèrent cela comme une comédie,ils s en divertirent, mais dès qu’ils crurent P affaire férie use,ils surent P empêcher en dépit du Grand-Seignetir lui-même. Ce