3 o CONSIDERATIONS
risques aux défilés qui font tout le long du fleuve. Les com-munications étaient tort hasardées, les subsistances incertaines,& les moyens de les couper rien moins que difficiles. L’arméeRuffe était peut-être perdue si les Turcs avaient eu un peuplus d’ intelligence, ou si Karaman-Pacha profitant mieux dulocal eût été auffi mieux secondé.
Supposons qu’ a u lieu d' aller passer le Niester à Kalus ,ou pour mieux dire à Nieperotow , le Général Russe l’eût passéentre Kytaigord & Studzienica, se faisant de ces deux villesdeux points d'appui. Premièrement il se serait épargné dix à douzelieues de marche qu’ il a dû faire pour descendre & puis re-monter le fleuve, en venant de Medzibosa. En second lieu lepassage en eût été plus commode à cause du coude très-saillantqu’il forme dans cet endroit, & des petites isles propres à enfaciliter P opération, outre, qu’ il y est beaucoup moins gros &moins rapide qù’ à Nieperoto'W ; ayant sept ou huit ruisseauxou rivières de moins dans son lit. Après le passage on se seraittrouvé à la distance seulement d’une petite lieue de Chotczimavec un bois áu débouché propre à masquer la manœuvre, unpays ouvert & dégagé d’obstacles devant la marche , & lesmagasins derrière, & non pas exposés fur les flancs, comme ilsP ont toujours été. Je ne vois pas quelle difficulté aurait puempêcher le passage vers Studzienica dans un tems où il n’ yavait pas un seul ennemi pour le disputer, & d’autant plus queP armée Russe , une partie du moins de cette armée repassa leNiester dans ce même endroit lorsque toute celle du Seraskierétait à ses trousses. II est donc sensible que ce passage aplanis-sant tous les obstacles , & faisant gagner un tems considérable ,plus de jours mênie que P expédition n’ en exigeait, aurait étésuivi de la prise de Chotczim , qui eût prévenu la réunion destroupes Ottomanes & p arrivée du secours. Voilà quel eût étéle succès d une disposition réfléchie, & d’une marche rapide &bien combinée.
Qu’ il me soit permis de proposer ici m es idées fur le pro-jet & P ordre des entreprises, en un mot fur le plan de guerrequi m’ aurait paru le plus solide, & en même tems le plus glo-rieux pour la Russie,