SUR LA GUERRE DE 1769 . 53
Le soldat Russe naturellement robuste, infatigable, patient& docile, est encore accoutumé aux déplacemens , aux longuesmarches, aux rigueurs des saisons, à la diversité des climats.J’ ai été témoin de ce que peuvent la force du tempérament &F habitude jointes ensemble. J’ ai vu en Poméranie , pendant ladernière guerre , des soldats qui après avoir passé la nuit fur unpoêle très-chaud se levaient au point du jour, allaient romprela glace d’une rivière qui était devant le quartier, & s’y plon-geaient Rardimèqt jusqu’à la poitrine. On sent par là si j’ai euraison de djfe qu’ il n’ y a point de troupes plus capables desoutenir des campagnes d’hiver. A moins cependant d’une né-cessité absolue & décisive je ne conseillerais jamais de tellescampagnes. Elles font toujours ruineuses non seulement par lesfatigues extraordinaires qu’elles exigent, & par la difficulté dessubsistances, mais aussi paree qu’elles ne donnent pas le ternsà l’armée de se rétablir , ni celui de prendre des mesures pourles magasins & dépôts, & pour tant d’autres arrangemens né-cessaires , faute de quoi elle est abymée au printems. Je blâme-rai même toujours un Général qui fans une utilité bien éviden-te quittera trop tôt ses quartiers de cantonnement , car il fautattendre qu’ il y ait des fourrages fur terre , que le terrein soitessuyé, & que les nuits ne soient plus froides. Cela n’ empêchepourtant pas d’exécuter quelques expéditions même au cœur deF hiver, pourvu qu’ elles soient rapides & d’une très-courte du-rée. On fait alors ficeler du foin pour le nombre de jours dé-terminé , & la cavalerie le porte fur ses chevaux. Les routes dela Moldavie ne sont guère praticables pour le charroi dans latnauvaise saison. Ce n’ est pâs F hiver de Russie où ïa géléeraccommode tous les chemins , & où F hiver infiniment plus ru-de est égal & sec, & par conséquent beaucoup plus sain.
11 n’ y a point de soldat plus facile à nourrir que le Russe.II pétrit Sc cu it lui-même son pain dans des fours qu’il se creusedans la terre si on lui distribue la farine, & si la fourniture estde ^oukarì y biscuit de seigle fort dur & noir, coupé en petitsMorceaux de la grosseur des noisettes, il se croit encore mieuxtraité. II le fait bouillir & en fait de la soupe avec des racines** des herbes. Ce biscuit de seigle, quoiqu’un peu aigre, n’estPoint désagréable au goût j il est d’ailleurs très-álimenreux, ne
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