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CONSIDERATIONS
émiette pas, & se conserve très-long-tems. Le soldat y est sibien accoutumé que le pain doux de froment P affaiblit, à cequ’ on prétend. La facilité d’avoir du riz dans les provinces oùP on fait actuellement la guerre devrait engager à en fourniraux troupes. Le riz est fort sain , très-nourrissant, plus mêmeque le pain, & cette livraison n’ exige aucun attirail. On n’abesoin ni de moulins ni de fours. Quoique les RuíTes aiment lesboissons fortes ils s’ en passent aisément, & ne murmurent pointsi elles leur manquent. Ils ont fait des campagnes fans bière nieau-de-vie. Lai déjà dit qu'il faudrait faire porter du vinaigreau soldat poúr en mettre dans -P eau, non seulement quand elleest mauvaise & croupie, mais auffî quand elle est bonne. C’estde toutes les boissons la plus faine. Le soldat Russe a son esto-mac fait à Peau presqu’ autant que le Turc: il ne s'agit quede rendre cette eau salubre. Le Prince André Galitzin, auquelpendant la dernière guerre d'Allemagne, f avais suggéré cetteprécaution, en sit P ■essai dans son régiment, & m’avoua qu’iln’ eut presque point de soldats malades de toute une campagne,tandis que les autres corps en four-millaíent & qu’ ils y avaitune espèce d’épidémie dans Parmée. Le Posca des Romains vautmieux que la bière, qui est d’une grande dépense & demandeunç quantité de voitures, & qui, étant par la fraude des en-trepreneurs presque toujours frelatée & mélangée de .droguespernicieuses, est souvent plus nuisible que la mauvaise eau.
Malgré ce que je viens de dire de la boisson ordinaire dusoldat, j’estime nécessaire qu’il y ait de P eau-de-vie dans Par-mée, pour lui en distribuer les jours d’action, à P exempledu repas qu’on donne aux Jannissaires avant de livrer bataille,& qu ils appellent le -repas du sang. *
* On distribue aussi aux Turcs,lorsqu’ Us doivent combattre , UI ,eboisson forte melee ss opium / à la-quelle on a donne le nom d q M as -•lach , & dont ies sumees s exaltantau cerveau les mettent hors d J eux-mêmes. & les rendent presque fréné-tiques. En fournissant de l’eau-de-vieau soldat, je suis bien éloigné deme proposer un pareil esset. Ce nedoit être qu’en petite dose, & seu-
lement pour T animer & le corrobo-rer dans des jours de fatigue extra-ordinaire. La .brayoure do sang-froídí.est infiniment préférable à cette bra-voure' d'ivresse qui passe auíïì viteqúe la vapeur qui là cause , ou a cet-te fureur aveugle qui en précipitantles hommes daus le péril ne leur lais-se aucune issue pour en sortir, ni au-cun moyen pour le surmonter.