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TRAITÉ DE L’ART DE BATIR.
prises par un feu trop vif, elles se brisent, et font écrouler celles quel’on dispose dans le four, en forme de voûte à claire-voie, pour faciliterleur cuisson ; 2°. parce qu’il est à craindre que les pierres trop prompte-ment saisies par le feu, ne puissent plus se convertir en chaux : au lieuqu’un feu modéré en commençant, les fait suer doucement, et en retirel’humidité sans accident. Il faut que le degré de chaleur aille toujours enaugmentant, sans interruption. Il règne, à ce sujet une erreur parmiles ouvriers, qui est répétée dans plusieurs livres, c’est que quand lefeu a été interrompu avant que la pierre ait obtenu le degré de cuissonqui lui convient, un bois entier ne suffirait pas pour la réduire en chaux.
Il faut observer de ne faire chaque fournée que d’une seule espècede pierre, d’une même carrière, s’il est possible, afin que la chaux quidoit en provenir soit d’une même qualité.
Lorsqu’on est obligé, pour remplir le four, de prendre des pierresde plusieurs espèces, ou de difféi’entes carrières, il ne faut pas lesmêler confusément, mais les ranger ensemble en raison de leur qua-lité, afin qu’étant réduites en chaux, on puisse les séparer, s’il est né-cessaire, et éprouver le degré de chaleur qui leur convient. Les plusgrosses pierres et les plus dures, doivent se placer au centre, et lesplus petites, ou moins dures, à la circonférence.
La plupart des auteurs, et entre autres Alberti et Palladio, disent qu’ilfaut au moins soixante heures d’un feu vif, violent et continu, pour ré-duire les pierres en chaux. Selon Scamozzi , il faut cent heures, ou quatreà cinq jours; c’est à peu près le temps qu’on y emploie ordinairement. Iln’est pas possible d’indiquer le temps au juste, parce qu’il dépend, 1°. dela qualité des pierres, 2°. des combustibles dont on se sert, 3°. de la manière dont le four est construit, et de différentes autres circonstances.
On connaît que la chaux est faite quand il s’élève au-dessus du four-neau, au débouchement de la plate-forme, un cône de feu vif, sansaucun mélange de fumée, et lorsqu’en examinant les pierres, on les voitd’une blancheur éclatante,
M. Macquer dit que pour réduire les pierres calcaires en chaux vive, ilsuffit de les exposer à l’action d’un feu capable de les rendre d’un rougepresque blanc, et de les entretenir dans cet état pendant douze ou quinzeheures, et qu’on peut en faire de très-bonne avec une chaleur moindre,continuée plus long-temps, ou en beaucoup moins de temps, avec unfeu plus violent, qui ne soit pas cependant assez fort pour les vitrifier.