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TRAITÉ DE L’ART DE BATIR.
19. Le Larix est un arbre peu connu en France , où on le confondavec le Mélèze. D’après ceux que j’ai vus en Italie , et les recherchesque j’ai faites sur cette espèce d’arbre, dans l’Etat de Venise où il est leplus employé, il paraît que cet arbre est une espèce de Sapin qui croîtdans la partie des Alpes et des montagnes qui séparaient l’Allemagne del’État de Venise. Scamozzi, célèbre architecte vénitien , qui avait par-couru ce pays, dit qu’il y a vu des Larix d’une hauteur et grosseur dé-mesurées, et d’une grande beauté; il ne croyait pas que dans aucuneautre province d’Italie , on pût en trouver une aussi grande quantité.Cet architecte avait eu occasion d’en faire beaucoup d’usage dans legrand nombre d’édifices qu’il a fait construire, et entre autres, pourles magnifiques bâtimens des Procuraties, à la place de Saint-Marc deVenise 1 .
Voici la description que Scamozzi donne de cette espèce d’arbre.
«Le Larix est un très-grand arbre, et d’une belle hauteur : ses» branches sont disposées par étages, et inclinent vers la terre. Son écorce» est raboteuse, et ses feuilles sont comme des brins longs et menus» disposés par houppes. Son bois est lourd et un peu gras, ce qui fait» qu’il brûle (contre l’opinion de Vitruve et de Pline) quoique difficile-» ment. C’est pourquoi Virgile dit : Le robuste Larix , dont le bois est» impénétrable au feu. Il a des veines étendues dont la substance et» le nerf sont également durs, et, par cette raison, il est d’un très-
» bon usage pour la charpente des planchers et des toits, et pour la
» menuiserie des portes et fenêtres des édifices. Indépendamment de sa» couleur rousse de miel, il n’est pas sujet aux vers et ne vieillit
» pas. Cet arbre se plaît dans les montagnes et les pays froids; on
étaient de ce bois, et que ce temple , dont l’antiquité remontait à plus de deux cents ansavant la guerre de Troie, fut respecté par Annibal.
1 On voit qu’anciennement on trouvait une quantité abondante de Larix dans la Rhétie ou le pays des Grisons Alpins, puisque (comme le dit Pline) l’empereur Tibère fît abattredans ces montagnes les Larix qui furent employés pour refaire le pont de sa naumachie. Ilest probable qu’on les fit descendre par le Pô, et que de là on les conduisit par les mersAdriatique, Ionienne et Thirène, et finalement à Rome par le Tibre .
Pline parle d’une de ces pièces de bois qui avait 120 pieds de long, et 2 pieds de gros-seur dans toute son étendue. On peut juger, d’après cette pièce, de quelle grandeurdevait être l’arbre dont elle avait été tirée.