Band 
Tome premier.
Seite
182
JPEG-Download
 

182

TRAITÉ DE L’ART DE BATIR.

Du Noyer.

27. C’est un grand et bel arbre qui croît dans les champs, dont lesbranches s’étendent beaucoup; elles sont garnies de grandes feuilleslisses, vertes, oblongues et d’une odeur forte, rangées par paire le longd’une côte qui se termine par une seule feuille. Son fruit, qui est connude tout le monde, est couvert d’une écorce verte et charnue, et ren-fermé dans une coque ligneuse qui se sépare facilement en deux par-ties. Le tronc est couvert d’une écorce blanchâtre et crevassée; sonbois est plein, liant, ondulé, moyennement dur et facile à travailler : ilpasse pour un des plus beaux et des meilleurs bois de l’Europe . On n’enfait pas usage en charpente parce qu’il .est sujet à plier sous le fardeauLes anciens l’ont cependant employé quelquefois pour faire des poutres L

Dans les pays où il est abondant, on l’emploie pour les pressoirs; lesmenuisiers en font usage pour les lambris et surtout pour les meubles.Ces arbres étaient autrefois fort communs dans le Dauphiné ; on en voitencore dont le tronc a quatre à cinq pieds de diamètre : mais lesfortes gelées de 1709 en firent périr beaucoup; depuis ce temps, il estdevenu plus rare.

faites en Lois de Châtaignier, parce qu’on a trouvé que leur texture approchait plus decelle du Châtaignier que du Chêne ordinaire ; mais ces bois ayant été examinés avec plusd’attention par MM. de Buffon et d’Aubenton, ces savans ont reconnu que ce prétendubois de Châtaignier provenait d’une espèce de Chêne à gros glands, dont l’écorce est blanche,lisse, et qui a des feuilles grandes et larges. Son bois est ferme, liant, plus doux et moinscoloré que le Chêne ordinaire. *

Je pense, au reste, comme M. Hassenfratz, que la conservation des charpentes des comblesde ces édifices, doit être attribuée au bon choix des matériaux et à la perfection du travail.Les forêts, alors plus multipliées et moins dégradées, contenaient une plus grande quantitéde beaux arbres parmi lesquels on pouvait choisir j l’importance qu’on mettait à ce choix,le soin qu’on avait de les couper dans un temps convenable, et de ne les employer quelorsqu’ils étaient secs, le peu de valeur de la main d’œuvre, exécutée par des gens sim-ples, qui se livraient entièrement à leur art, tout engageait à ne rien épargner pour bienfaire. Toutes les pièces de bois étaient bien équarries et dressées à la bisaigüe, et mêmereplanies avec une espèce de rabot appelé galère ; les assemblages étaient bien combinéset solidement faits. Les combles , en général très-élevés , étaient vastes et bien aérés. Lescouvertures, bien établies et bien entretenues, mettaient les bois à l’abri de l’humiditéconcentrée et de toutes les intempéries de l’air. Toutes ces précautions ont peut-être pluscontribué à la conservation de ces charpentes que la nature du Chêne qu’on y a employé.

1 Pline, livre xvi, chapitre 43, vante la propriété que ce bois a de craquer avant derompre, comme il arriva aux bains d’Àntandros, où les baigneuses effrayées par ce bruiteurent le temps d’éviter le danger.