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II se fait aussi le Vendredi saint, à V enise, une célébré!procession , à neuf heures du soir. On y promene lesaint sacrement dans un cercueil couvert de veloursnoir. La place de S. Marc est le rendez-vous de cetteprocession ; elle est magnifiquement illuminée , & leslumières y sont de toute part si multipliées , qu’ellesfont , de la nuit, le plus beau jour. Mais voici le sin-gulier de cette procession. « On y volt, rapporte un» auteur moderne , marcher les pénitents avec leurs5> bonnets en pointe, de deux pieds de haut, fur la tête,» lesquels se battent jufqu’au sang , en marchant de« temps en temps en arriéré devant le crucifix ; ils ont« pour cet effet des disciplines faites d’ungrand nombre,> de petites cordes armées qu’ils tiennent à deux mains,j> & qu’ils trempent de temps en temps dans un peu« de vinaigre qu’on leur porte exprès, frappant fur leurs„ dos avec une certaine mesure & une cadence si ré--, glée , qu’il faut nécessairement avoir bien étudié cet3> art pour s’en acquitter comme il faut. » C’est unreste des siécles d’ignorance , où le peuple ne sçachantni lire ni écrire , avoit besoin d’être instruit par des cé-rémonies qui parlassent aux yeux.
4. Le lecteur verra peut-être avec plaisir quelques dé-tails fur la procession des Disciplinants , qui fe fait enEspagne , le Vendredi saint, pour honorer la passionde Notre Seigneur. Le triste appareil de cette cérémo-nie est très-conforme à l’efprit de son institution : lescroix & les bannières font couvertes de crêpes ; lesgardes du roi d’Efpagne, qui marchent à cette pro-cession , ont leurs armes revêtues de noir ; les musi-ciens sont en deuil & masqués ; les tambours sont aussicouverts de noir ; les airs lugubres que jouent les ins-truments de musique , répondent à cette triste décora-tion. A ce funeste concert, se joint le bruit de plu-sieurs chaînes pesantes que l’on traîne. Entre tous ceuxqui composent cette procession , on distingue les Dis-ciplinants , qui en sont les principaux acteurs. « Ils por-» tent un long bonnet, dit fauteur des Délices de VEf-i) pagne , couvert de toile de batiste, de la hauteur» de trois pieds & de la forme de pain de sucre, d'ou