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Tome troisieme.
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Le Prêtre. O le meilleur des Titans ! II est malheu*reux pour moi que votre pouvoir me soit inutile, SCque je ne désiré rien de tout ce que vous pourtiez m’ac-corder ; mais satistaites-moi du moins fur une questionque j ai à vous taire : votre réponse sera pour moi unerécompense suffisante des victimes que je vous ai im-molées , & je vous tiendrai quitte de tout ce que vousme devez.

Saturne. Tu n’as qu’à parler: je répondrai à ta ques-tion , pourvu qu'elle ne passe point la portée de monsçavoir.

Le Prêtre. Dites moi d’abord : est-il vrai, comme jel’entends dire par-tout, que vous aviez autrefois cou-tume de dévorer vos enfants dès qu’ils étoient nés ; queRhée , votre épouse, ayant adroitement dérobé à votrefureur le petit Jupiter , vous fit dévorer une pierre enfa place ; que cet enfant, étant devenu grand, vouschassa de votre empire , & vous précipita , chargé dechaînes , dans le fond des enfers, avec toutes les trou-pes auxiliaires qui avoient combattu en votre saveur?

Saìurne. Insolent ! rends grâce à la liberté qui régnédans ces fêtes, & qui permet aux esclaves d’insulterimpunément leurs maîtres. Dans un autre temps, tusentirois qu’il m’est du moins encore permis de m Smettre en colere. Ton impertinente question ne de-meureroit pas impunie ; & je t’apprendrois à respecterun dieu vénérable pat sa vieillesse &. par ses cheveuxblancs.

Le Prêtre. Mais , Saturne, ce n’est pas moi qui in-vente de pareilles choses; je ne fais que les répéter d’a-près Hésiode & Homere , que dis-je ? d’après tout lemonde; car iln’ya personne qui n’ait de vous la mêmeopinion.

Saturne. Belle autorité que celle de cet Hésiode , dece pâtre orgueilleux & fanfaron , qui ne sçavoit riende certain , particulièrement sur ce qui me regarde.Réfléchis toi-même un moment, & consulte la raison,Y a-t-il quelque homme, je ne dis pas quelque dieu ,qui puisse dévorer, de son plein gré, ses propres en-fants ? Lorsque Thyeste se porta à un tel excès » il ns