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fçavoit pas ce qu’il faifoit, & il avoir été cruellementtrompé par son t’rere. D’ailleurs , comment est-il possi-ble , lorfqu’on a des dents , de ne pas s’appercevoirqu’on dévore une pierre au lieu d’un enfant ? 11 est fauxque Jupiter m’ait jamais fait la guerre, & qu’il m’aitdétrôné. Je lui ai moi-même cédé l’empire de mon pro-pre mouvement. Pour ce qui regarde mes chaînes & maprison dans les enfers, tu vois clairement l’abfurditéd’un pareil conte, à moins que tu ne fois aussi aveuglequ’Homere.
Le Prêtre. Mais, dites-moi , Saturne, pour quelleraison abdiquâtes-vous la souveraine puissance ?
Saturne. Ecoute, mon ami : je me voyois bien vieux& fort tourmenté de la goutte ; maladie qui a fait ima-giner que Jupiter m’avoit enchaîné. II me falloit courirchaque jour, de tous les côtés, la foudre à la main,pour frapper les parjures , les brigands , les facrileges.Cet emploi demandoit toute la force & toute la vigueurd’un jeune homme: c’est pourquoi, pour me procurerle repos dont j’avois besoin , je remis à mon fils Jupiterle gouvernement du monde. Pour moi, débarrassé dufoin de répondre aux prières importunes des hommes,de lancer la foudre & de punir les coupables, je com-mençai à mener une vie heureuse & tranquille, n’ayantplus d’autre affaire que de m’enivrer de nectar avecJapet & les autres dieux de mon âge. Je me fuis cepen-dant réservé, chaque année, quelques jours où je re-prends l’empire , afin de rappelles aux hommes le bon-heur dont leurs peres jouissoient fous mon régné , lors-que, sans labourer 8c fans semer, ils trouvoient le paintout fait, les viandes toutes préparées, & que des fleu-ves de vin, de miel & de lait couloient dans les cam-pagnes. Les hommes étoient alors tous vertueux: c’é-toient des hommes d’or. Pour retracer quelqu’imagede ce siécle heureux , je veux, pendant les jours queje me fuis réservés, que l’air retentisse de cris de joie Scde chants d’alégresse ; que les affaires fassent place auxjeux & aux divertissements, & que les esclaves soientaussi bien traités que les maîtres ; car, fous mon régné ,tous les hommes étoient égaux.
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