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jeunes échansons, si frais & si beaux, leurs Naf*cisses, leurs Hyacinthes, dont ils admirent tant labelle chevelure , deviennent chauves fur le champ , enleur présentant la coupe, & que leur menton déli-cat soit tout-à-coup hérissé d’une barbe piquante. Telsfont les voeux que nous formerons contre les richesimpitoyables, à moins qu’ils ne deviennent plus hu-mains à notre égard.
Répônse de Saturne.
Quelle est donc ta folie de vouloir que je renversetout Tordre de la société, & que je fasse un partageégal de tous l.s biens entre tous les hommes? Nesçais-tu pas que les choses de cette nature ne fontpoint en mon pouvoir ? Es-tu donc le seul qui ignoreque mon empire ne s’étend que fur le jeu, la danse,les festins ? C’est à Jupiter qu’il faut qué tu demandesle rétablissement de Tégalité parmi les hommes. Jene me mêle pas d’aftaires si importantes. Mais siquelqu’un de ceux qui célèbrent ma fête est insul-té, ou frustré du présent qui lui est dû , qu’il s’adresseà moi, & je lui ferai avoir satisfaction. Je vais écrireincessamment aux riches, pour qu’ils aient à vous fournirce qui est nécessaire pour la célébration de ma fête.Rien, selon moi, n’est plus juste. Au reste , il faut quevous fçachiez que vous vous abusez grossièrement, vousautres pauvres , lorsque vos pensez que les riches fontheureux en tout. Ils ont, croyez-moi, leurs peines quifont beaucoup plus cruelles que les vôtres. Vous. êteséblouis de la magnificence de leurs habits , de 1-richessede leurs ameublements , de l’éclat de leurs pierreries &cde leurs vates précieux; mais vous ne pouvez pénétrerdans le fond de leurs âmes pour y voiries inquiétudes fe-crettes qui les dévorent. Tantôt ils craignent qu’unéconome infidèle ne pille leur maison : tantôt ils trem-blent que leurs vins ne fe gâtent; que leurs grainsne soient rongés par les vers; qu un voleur n’enleveleurs coupes précieuses; que le peuple, choqué deleur luxe , ne s’imagine qu’iis prétendent à la royauté.