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Tome troisieme.
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ne tâtiez pas leurs habits pour admirer la finesse 8cle moelleux de l’étoffe ; en un mot, si vous les laissiezêtre riches pour eux seuls, croyez-moi, ils seroientles premiers à venir vous aborder , à vous inviter àleur table, à vous montrer leurs lits somptueux, leurscoupes superbes, tous ces meubles rares & précieux ,qui ne font d’aucune utilité quand on les possedelans témoin. Vous verriez que c’est principalementà cause de vous qu’ils achetent tant de belles choses;& que toutes ces raretés ne font pas faites pour qu’ilss’en servent, mais pour que vous les admiriez. Voilàla consolation que je vous donne , moi qui comtois lesplaisirs & les peines des deux états. Si vous voulezpasser joyeusement la fête des Saturnales, je vous con-seille de penser, en la célébrant, qu’il faudra bien-tôt que tous ceux que vous voyez quittent avec lavie, les uns leurs richesses, les autres leur pauvreté.Au reste, je vais écrire aux riches en votre faveur,comme je l’ai promis, & je ne doute pas qu’ils n’aientégard à ma lettre.

Lettre de Saturne aux Riches.

Les pauvres m’ont écrit dernièrement pour se plain-dre de ce que vous ne leur donnez pas la moindrechose de vos immenses richesses, & pour me deman-der que je fisse entr’eux & vous une égale distribu-tion des biens. Je les ai renvoyés à Jupiter pour cetarticle ; mais, quant à ce qui regarde les injusticesqu’ils prétendent qne vous leur faites pendant le tempsde ma fête, il est de mon devoir de les satisfaire ;& c’est pourquoi je vous écris aujourd’hui. Les plaintesdes pauvres, à cet égard, me paroissent fort justes.Comment voulez-vous , disent-ils, que nous puissionscélébrer comme il convient la fête des Saturnales,tandis que nous sommes transis de froid , & que nousmourons de faim ? Ils demandent que vous leur don-niez quelques-uns de vos vêtements superflus, avecquelque petite portion de votre or. A ce prix, ilsconsentent à se désister de leurs prétendons touchant