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Tome troisieme.
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Les fables absurdes que l'on ranconte de ce peiTon-nage fameux, le peu d’autorité des lives qui les con-tiennent, pourraient faire regarder Sommona-Codomcomme un être imaginaire, forgé par les Talapoinspour amuser le peuple, & le conienir dans le respect &la soumission; &, de crainte que la vénération pource saint ne vienne à s’affoiblir, ils tiennent toujours lepeuple en suspens, par l’attente d’un autre homme mer-veilleux , qu’ils assurent avoir été annoncé par Som-mona-Codom lui-mêm:. 11s lui ont déja donné un nomd’avance, 6c Rappellent Pra Niirottc. Ils dilent mêmece qu il doit faire; &, entr’autres bonnes œuvres, ilspublient qu’il doit tuer ses enfants, & les donner àmanger aux Talapoins; action héroïque de charité,qui mettra !e comble à fa sainteté & à sa perfection.Ainsi les Siamois attendent, comme les Juifs, un nou-veau Messie, & ne font pas moins attentifs & crédulesfur ce qui concerne l’objet de leur folle espérance. Onest presque sûr de former un parti nombreux parmiles Siamois, lorsqu’on produit quelque inconnu qu’onveut faire passer pour un homme extraordinaire. Lesuccès de la fourberie est certain , pourvu que le per-sonnage en question soit entièrement stupide & hébété,tel qu’ils pensent que doit être Sommona-Codom dansl’état d’infensibiiité & d’anéantissement où il est plongédans le A ’íreupan.

La Loubere rapporte qu’on voulut, il y a quelquesannées, faire passer pour le nouveau Sommona-Co-dom un jeune homme muet de naissance, & dont lastupidité étoit une efpece de prodige. On sema le bruitparmi le peuple , que ce jeune homme étoit issu dupremier habitant du royaume, & qu’il devoir un jourparvenir à la sainteté la plus sublime, & même à ladivinité. Les Siamois , qui avoient toujours l’imagina-tion frappée de ce Pra-Narotte qu’ils attendoient, cru-rent bonnement que c'étoit lui-même qui paroissoit.Ils fe rendirent en foule auprès de lui pour lui présenterleurs hommages & lui faire des offrandes. Cet événe-ment excita, dans tout le royaume, une rumeur sigrande, que le roi en fut alarmé ; mais, pour calmer le