18 Discours
Homere avec attention , sans être convaincuque l’auteur étoit pénétré de plusieurs grandesvérités qui sont diame'tralement opposées à lareligion insensée que'la lettre de sa fiction nousprésente. Ce poëte établit pour principe , dansplusieurs endroits de ses poèmes * , que c’estune folie de croire que les Dieux ressemblentaux hommes, et qu’ils passent avec incons-tance d’une passion à une autre -f* ; que toutce que les Dieux possèdent est éternel, et toutce que nous avons passe et se détruit §; quel’état des ombres après la mort est un état depunition , de souffrances et d’expiation ; maisque l’ame des héros ne s’arrête point dans lesenfers , qu’elle s’envole vers les astres , etqu’elle est assise à la table des Dieux , où ellejouit d’une immortalité heureuse •{• ; qu’il ya un commerce continuel entre les hommeset les habitans du monde invisible; que sansla Divinité les mortels ne peuvent rien 7 ; quela vraie vertu est une force divine qui des-cend du Ciel, qui transforme les hommes lesplus brutaux , les plus cruels et les plus pas-sionnés , et qui les rend humains , tendres etcompatissans. Quand je vois ces vérités su-blimes dans Homere , inculquées , détaillées ,insinuées par mille exemples différens et parmille images variées , je ne saurois croirequ’il faille entend te ce poëte à la lettre dansd’autres endroits où il paroît attribuer à laDivinité suprême des préjugés, des passionset des crimes.
Je sais que plusieurs modernes , à l’imi-
* Odiss., Liv. III.§ Ibidem.