SUR LE PoEME ÉPIQUE . IJ«nique lumière, et sa volonté suprême réglertous nos amours ; que , faute de consultercette sagesse universelle et immuable, l’hommene voit que des fantômes séduisans ; faute del’écouter, il n’entend que le bruit confus deses passions ; que les solides vertus ne nousviennent que comme quelque chose d’étrangerqui est mis en nous ; qu’elles ne sont pas leseffets de nos propres efforts, mais l'ouvrage d’u-ne puissance supérieure à l’homme , qui agiten nous , quand nous n’y mettons point d’obs-tacle , et dont nous ne distinguons pas toujoursl’action , à cause de sa délicatesse. L’on nousmontre enfin que sans cette puissance premièreet souveraine qui éleve l’homme au-dessus delui-même , les vertus les plus brillantes nesont que les raffinemens d’un amour-proprequi se renferme en soi-même , se rend sa divi-nité , et devient en même-temps et l’idolâtrieet l’idole. Rien n’est plus admirable que leportrait de ce philosophe que Télémaque voitaux enfers , et dont tout le crime étoit d’avoirété amoureux de sa propre vertu.
C’est ainsi que la morale de notre auteurtend à nous faire oublier nous-mêmes , pourtout rapporter à l’être souverain , et nous enrendre les adorateurs , comme le but de sapolitique est de nous faire préférer le bien,public au bien particulier , et de nous faireaimer le genre humain. On sait les systèmes deMachiavel , d’Hobbes , et de deux auteursplus modérés , PufFendorff et Grotius . Lesdeux premiers établissent, pour seules maxi-mes dans l’art de gouverner , la finesse , lesartifices, les stratagèmes , le despotisme, l’in-justice et lirréligion. Les deux derniers au-
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