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teurs ne fondent leur politique que sur desmaximes de gouvernemens , qui même n’é-galent ni celles de la République de Pla ton , ni celles des offices de Cicéron . Il escvrai que ces deux écrivains modernes onttravaillé dans le dessein d’être utiles à lasociété , et qu’ils onc rapporté presque toutau bonheur de l'homme considéré selon lecivil. Mais l’auteur du Télémaque est ori-ginal, en ce qu’il a uni la politique la plusparfaite, avec les idées de la vertu la plusconsommée. Le grand principe sur lequeltout roule , est que le monde entier n’estqu’une même République dont Dieu est lepere commun , et chaque peuple comme unegrande famille. De cette belle et lumineuseidée , naît ce que les politiques appellent lesloix de nature et des nations équitables ,généreuses , pleines d’humanité. On ne re-garde plus chaque pays comme indépendantdes autres , mais le genre humain commeun tout indivisible. On ne se borne plus àl’amour de sa patrie , le cœur s’étend, devientimmense , et par une amitié universelle em-brasse tous les hommes. De là naissent l’a-mour des étrangers , la confiance mutuelleentre les nations voisines , la bonne foi, lajustice , et la paix parmi les Princes de l’u-nivers comme entre les particuliers de cha-que état. Notre auteur nous montre encoreque la gloire de la royauté esc de gouvernerles hommes pour les rendre bons et heureux ;que l’autorité du Prince n’est jamais mieuxaffermie que lorsqu’elle est appuyée sur l’a-mour des peuples, et que la véritable richessede l’état consiste à retrancher tous les faux