SUR lî PûEME ÉPIQUE. 3 Jconservera toujours en toutes sortes de lan-gues , sa force, sa noblesse, son ame et sasbeautés essentielles. C’est que l’excellence dece poëme ne consiste pas dans l’arrangementheureux et harmonieux des paroles, ni mêmedans les agrémens que lui prête l’imagination ,mais dans un goût sublime de la vérité, dansdes sentimens nobles et élevés , et dans la ma-niéré naturelle , délicate et judicieuse de lestraiter. De pareilles beautés sont de toutes leslangues, de tous les temps , de tous les pays -,et touchent également les bons esprits et les-,grandes âmes dans tout l’univers.
Trentière objection contre le Télémaque .
On a formé plusieurs objections contre le:Télémaque . i°. Qu’il n’est pas en vers.
Réponse.
ta versification , selon Aristote , Denis-d'Halycarnasse et Strabon , n’est pas essen-tielle à l’Epopée . On peut l’écrire en prose,comme on écrit des tragédies sans rimes. Onpeut faire des vers sans poésie , et être,tout poétique sans faire des- vers par art ;mais il faut naître poète. Ce qui fait la poésie-n’est pas le nombre fixe et la cadence régléedes syllabes , mais le sentiment qui animetout y la fiction vive , les figures hardies , la 1beauté et la variété des images. C’est l’en-thousiasme , le feu , l’impétuosité , la force ,un je ne sais quoi dans les paroles et les pen-sées que la nature seule peut donner. Ontrouve toutes ces qualités dans Télémaque.-L auteur a donc fait ce que Strabon dit deCadmus , Phérécide , Hécatée : il a imité-.:
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