de Télémaque . Liv . I . 6jde la ville de No. Delà nous remontons le Nil jusqu’à Memphis.
Si la douleur de notre captivité' ne nous eûtrendus insensibles à tous les plaisirs , nos yeuxauroient été charme's de voir cette terre fertiled’Egypte , semblable à un jardin délicieux arroséd’un nombre infini de canaux. Nous ne pouvionsjeter les yeux sur les deux rivages, sans apper-eevoir des villes opulentes, des maisons de cam-pagne agréablement situées , des terres qui secouvraient tous les ans d’une moisson dorée,sans se reposer jamais ; des prairies pleines detroupeaux , des laboureurs qui étoient accabléssous le poids des fruits que la terre épanchoit deson sein , des bergers qui faisoient répéter ledoux son de leurs fiâtes et de leurs chalumeauxà tous les échos d’alentour.
( 3 ) Heureux , disoit Mentor , le peuple quiest conduit par un sage Roi ! il est dans l’abon-dance , il vit heureux, et il aime celui à qui ildoit tout son bonheur. C’est ainsi, ajoutoit-il ,ô Télémaque ! que vous devez régner, et fairela joie de vos peuples, si jamais les Dieux vousfont posséder le Royaume de votre père. Aimezvos peuples comme vos enfans, goûtez le plaisird'être aimé d’eux , et faites qu’ils ne puissentjamais ressentir la paix et la joie, sans se ressou-venir que c’est un bon Roi qui leur a fait cesriches présens. Les Rois qui ne songent qu’à sefaire craindre , et qu’à abattre leurs sujets pourles rendre plus soumis, sont les fléaux du genrehumain. Ils sont craints-comme ils veulent l’être;mais ils sont haïs, détestés, et ils ont encoreplus à craindre de leurs sujets, que leurs sujetsn’ont à craindre d’eux.
(■}) Ici commence l’instruction donnée au Duc deBourgogne sur la maniéré de régner , par oppositionà celle que suivoit Louis XIV , son ayeal. Comme cetouvrage a été fait avant le mariage du Prince à qui iléroit destiné , ceci doit être rapporté au temps des négo-c’ations de Riswick , c’est-à-dire, environ l’année 1697,auquel temps la France étoit déjà fort épuisée.