64 Les Aventures
Je répondois à Mentor : Hélas ! il n’est pasquestion de songer aux maximes suivant les-quelles on doit régner. Il n’y a plus d’Ithaque pour nous : nous ne reverrons jamais ni notrepatrie , ni Pénélope ; et quand même Ulysse-retourneroit plein de gloire dans son Royaume,il n’aura jamais la joie de m’y voir , jamais jen aurai celle de lui obéir , pour apprendre àcommander. Mourons, mon cher Mentor , nulleautre pensée ne nous est plus permise : mourons,puisque les Dieux n’ont aucune pitié de nous.
En parlant ainsi, de profonds soupirs entre-coupoient toutes mes paroles. Mais Mentor , quicraignoit les maux avant qu’ils n’arrivassent, nesavoit plus ce que c’était que de les craindre ,dès qu’ils croient arrivés. Indigne fils du sageUlysse ! s’écrioit-il, quoi donc vous vous laissezvaincre à votre malheur ! Sachez que vous re-verrez un jour l’isle d’Ithaque et Pénélope ; vousverrez même dans sa première gloire celui quevous n’avez jamais connu , l’invincible Ulysse ,que la fortune ne peut abattre , et qui, dans sesmalheurs encore plus grands que les vôtres , vousapprend à ne vous jamais décourager. Oli ! s’ilpouvoit apprendre , dans les terres éloignées oùla tempête l’a jeté , que son fils ne sait imiterni sa patience , ni son courage, cette nouvellel’accableroit de honte , et lui seroit plus rudeque tous les malheurs qu’il souffre depuis si.long-temps.
Ensuite Mentor me faisoit remarquer la joieet l’abondance répandues dans toute la cam-pagne d’Egypte , où l’on comptoir jusqu’à vingt-deux mille villes. U admiroit la bonne police deces villes, la justice exercés en faveur du pauvrecontre le riche , la bonne éducation des enfans,qu’on accoutumoit à l’obéissance , au travail, àla sobriété, à l’amour des arts ou des lettres,l’exactitude pour toutes les cérémonies de laReligion , le désintéressement, le désir de l’hon-neur , la fidélité pour les hommes } et la crainte