de Télémaque . Liv . IX . 415que la Parque avoit tranché cruellement ses jours.Elle remplit de ses gémissemens les bois et lesmontagnes qui sont auprès du fleuve ; elle noyases yeux de larmes , arracha ses beaux chevaux :elle oublia les guirlandes de fleurs qu'elle avoitaccoutumé de cueillir, et accusa le ciel d'injus-tice. Comme elle ne cessoit de pleurer nuit etjour, les Dieux touchés de ses regrets , et parles prières du fleuve, mirent fin à sa douleur. Aforce de verser des larmes , elle fut tout-à-coupchangée en fontaine, qui coulant dans le sein dufleuve , va rejoindre ses eaux à celles du Dieu son père ; mais l'eau de cette fontaine est encoreamère; l’herbe du rivage ne fleurit jamais, eton ne trouve d'autre ombrage, que celui ducyprès sur ces tristes bords.
Cependant Adraste qui apprit que Télémaque ré-pandoit de tous côtés la terreur , le cherchoit avecempressement. Ilespércitde vaincre facilement lefils d’Ulysse dans un âge encore si tendre; et ilmenoit autour de lui trente Dauniens d'une for-ce , d’une adresse et d’une audace extraordinaire,auxquels il avoit promis de grandes récompenses ,s’ils pouvoient dans le combat faire périr Télé maque , de quelque mani.re que ce pût être. S'il
I eût rencontré dans ce moment du combat, sansdoute ces trente hommes environnant le char deTélémaque , pendant qu Adraste 1 auroit attaquéde front, n’auroient eu aucune peine de le tuer ;mais Minerve les fit égarer.
Adraste crut voir et entendre Télémaque dansun endroit de la plaine , enfoncé au pied d’unecolline , où il y avoit une foule de comb’attans.
II court, il vole , il veut se rassasier de sang ;mais au lieu de Télémaque , il trouve le vieuxNestor , qui d’une main tremblante , jetoit auhasard quelques traits inutiles. Adraste , dans safureur, veut le percer; mais une troupe de Pi-liens se jeta autour de Nestor.
Alors une nuée de traits obscurcit Pair et cou-