de Télémaque . Liv . IX . 417même avoit aimé à cause de son courage et desa force ; Aristogiton , qui, s'étant baigné dansles ondes du fleuve Achéloiis (l) , avoit reçu se-crètement de ce Dieu la vertu de prendre tou-tes sortes de formes. En effet, il étoit si soupleet si prompt dans tous ses mouvemens , qu'iléchappoit aux mains les plus fortes; mais Adrasted'un coup de lance , le rendit immobile , et soname s'enfuit d'abord avec son sang.
Nestor , qui voyoit tomber ses plus vaillanscapitaines sous la main du cruel Adraste , corn*me les épis dorés pendant la moisson tombentsous la faux tranchante d'un infatigable mois-sonneur , oublioit le danger où il s’exposcit inu-tilement. Sa sagesse l’avoit quitté : il ne songeoitplus qu’à suivre des yeux Pisistrate son fils , quide son côté soutenoit avec ardeur le combat ,pour éloigner le péril de son père ; mais le mo-ment fatal étoit venu, où Pisistrate devoir fairesentir à Nestor , combien on est souvent mal-heureux d’avoir trop vécu.
Pisistrate porta un coup de lance si violentcontre Adraste , que le Daunien devoit succom-ber; mais il l'évita : et pendant que Pisistrate ,ébranlé du faux coup qu'il avoit donné , rame-noir sa lance , Adraste le perça d’un javelot aumilieu du ventre. Ses entrailles commencèrent àsortir avec un ruisseau de sang , son teint se flé-trit comme une fleur que la main d’une Nymphea cueillie dans les prés ; ses yeux étoient déjàpresque éteints et sa voix défaillante. Alcée , songouverneur , qui étoit auprès de lui , le soutintcomme il alloit tomber , et n’eut le temps que dele mener entre les bras de son père. Là , il vou-lut parler et donner les dernières marques de satendresse ; mais en ouvrant la bouche , il expira..
( I ) Achéloüs , fleuve de VAcarnanie dans l’Epire ,qu‘il sépare de la Natolie ; il prend sa source au mont. tindus ;