de Télémaque . Liv. IX. 439mais c’est que je crains de les aimer trop : ellescorrompent les hommes , elles les remplissentd'eux-mêmes , elles les rendent vains et présomp-tueux ; il faut les mériter et les fuir : les meil-leures louanges ressemblent aux fausses. Les plusméchans de tous les hommes , qui sont les ty-rans , sont ceux qui se font le plus louer pardes flatteurs. Quel plaisir y a-t-il à être louécomme eux ! Les bonnes louanges sont cellesque vous me donnerez en mon absence , si jesuis assez heureux pour en mériter. Si vous mecroyez véritablement bon , vous devez croire aussique je veux être modeste , et craindre la vanité.Epargnez-moi donc , si vous m’estimez , et neme louez pas comme un homme amoureux deslouanges.
Après avoir parlé ainsi, Télémaque ne répon-dit plus rien à ceux qui continuoient de 1 éleverjusqu’au ciel , et par un air d indifférence il arrêtabientôt les louanges qu’on lui donnoit. On com-mença à craindre de le fâcher en le louant; maisl’admiration augmenta , tout le monde sachantla tendresse qu il avoit témoignée à Pisistrate ,et les soins qu’il avoit pris de lui rendre les der-niers devoirs. Toute l’armée fut plus touchée deces marques de la bonté de son cœur , que detous les prodiges de sagesse et de valeur qui ve-noient d éclater en lui. Il est sage , il est vail-lant, se disoient-ils en secret les uns aux autres;il est l'ami des Dieux et le vrai héros de notreâge ; il est au-dessus de l’humanité ; mais toutcela n’est que merveilleux, tout cela ne fait quenous étonner. Il est humain , il est bon , il est amifidèle et tendre, il est compatissant, libéral, bien-faisant , et tout entier à ceux qu’il doit aimer : ilest les délices de ceux qui vivent avec lui ; il s’estdéfait de sa hauteur , de son indifférence et de safierté. Voilà ce qui est d’usage; voilà ce qui toucheles cœurs ; voilà ce qui nous attendrit pour lui, etnous rend sensibles à toutes ses vertus ; voilà ce qui
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