438 Les Aventurestrate ; il le fit étendre sur un lit de pourpre , latête penchée avec la pâleur de la mort, il res-sembloit à un jeune arbre qui , ayant couvertla terre de son ombre et poussé vers le ciel sesrameaux fleuris , a été entamé par le tranchantde la coignée d'un bûcheron. Il ne tient plus àsa racine, ni à la terre, mère féconde qui nour-rit ses tiges dans son sein : il languit, sa verdures’efface , il ne peut plus se soutenir, il tombe. Sesrameaux qui cachoient le ciel, traînent sur lapoussière , flétris et desséchés : il n’est plus qu'untronc abattu et dépouillé de toutes ses grâces.Ainsi Pisistrate en proie à la mort, étoit déjàemporté par ceux qui dévoient le mettre dansle bûcher fatal. Déjà la flamme montoit vers leciel : une troupe de Pyliens , les yeux baisséset pleins de larmes, leurs armes renversées , leconduisoient lentement. Le corps est bientôt brûlé,les cendres sont mises dans une urne d’or. Télé maque , qui prend soin de tout, confie cette urne ;comme un grand trésor à Callimaque qui avaitété le Gouverneur de Pisistrate : Gardez, lui dit-il , ces cendres tristes , mais précieux reste decelui que vous avez aimé; gardez-les pour sonpère ; mais attendez à les lui donner quand ifaura assez de force pour les demander : ce quiirrite la douleur dans un temps, l’adoucit dans unautre. ^
Ensuite Télémaque entra dans l’assemblée desRois ligués , où , dès qu’on l’apperçut, chacungarda le silence pour l’écouter : il en rougit, eton ne pouvoit le faire parler. Les louanges qu’ 011lui donna, par des acclamations publiques suttout ce qu’il venoit de faire , augmentèrent sihonte : il auroit voulu se pouvoir cacher : ctfut la première fois qu’il parut embarrassé et in-certain. Enfin il demanda comme une grâce, qu’ oltne lui donnât plus aucune louange. Ce n’est p aS >dit il , que je ne les aime , sur-tout quand eD*sont données par de si bons juges de la vertu»