de Téiémaque. Lïv . IX . 44^brisé plusieurs fois mes vaisseaux contre lesécueils. L’inexorable Vénus m’a ôté toute espé-rance de revoir mon royaume , ma famille etcette douce lumière du pays où j’ai commencéde voir le jour en naissant. Non , je ne reverraijamais tout ce qui m’a été le plus cher au mondé.Je viens , après tant de naufrages, chercher surdes rives inconnues un peu de repos et une re-traite assurée. Si vous craignez les Dieux , et sur-tout Jupiter, qui a soin des étrangers ; si vousêtes sensibles à la compassion , ne me refusez pasdans ces vastes pays quelque coin de terre sté-rile , quelques déserts, quelques sables , ou quel-ques rochers escarpés , pour y fonder, avec mescompagnons, une ville qui soit dn moins une tristeimage de notre patrie perdue. Nous ne demandonsqu’un peu d’espace qui vous soit inutile : nous vi-vrons en paix avec vous dans une étroite alliance ;vos ennemis seront les nôtres ; nous entreronsdans tous vos intérêts : nous ne demandons quela liberté de vivre selon nos loix.
Pendant que Diomède parloit ainsi Télémaque ayant les yeux attachés sur lui, montra sur sonvisage toutes les différentes passions. Quand Dio-mède commença à parler de ses longs malheurs,il espéra que cet homme majestueux seroit sonpère. Aussi-tôt qu’il eut déclaré qu’ii étoit Dio-mède , le visage de Télémaque se flétrit commeune belle fleur que les noirs Aquilons viennentde ternir de leur souffle cruel. Ensuite les paro-les de Diomède , qui se plaignoit de la longue co-lère d'une Divinité , l’attendrirent par le souve-nir des mêmes disgrâces souffertes par son pèreet par lui ; des larmes mêlées de douleur et dejoie, coulèrent sur ses joues , et il se jeta tout-a-coup sur Diomède pour l’embrasser.
Je suis, dit-il , le fils d’Ulysse que vous avezconnu, et qui ne vous fut pas inutile quand vou-sprîtes les chevaux fameux de Rhésus . Les Dieux1 ont traité comme vous sans pitié. Si les oracles