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Les aventures de Télémaque, fils d'Ulysse / par F. Salignac de la Mothe Fénélon
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446 Les Aventuresde lErèbe ne sont pas trompeurs, il vit encore :mais hélas ! il ne vit point pour moi. Jai aban-donné Ithaque pour le chercher : je ne puis re-voir maintenant ni Ithaque ni lui. Jugez par mesmalheurs de la compassion que jai pour les au-tres. L'avantage qu il y a à être malheureux ,cest qu'on sait compatir aux peines d autrui. Quoi-que je ne sois ici quétranger, je puis , ô grandDiomède ! (car malgré les misères qui ont accabléma patrie dans mon enfance , je nai pas été as-sez mal élevé pour ignorer quelle est votre gloiredans les combats ; ) je puis , ô le plus invinci-ble de tous les Grecs après Achille, vous pro-curer quelque secours. Ces Princes que vous voyez,sont humains : ils savent quil ny a ni courage,ni gloire solide sans 1 humanité. Le malheur ajouteun nouveau lustre à la gloire des grands hom-mes : il leur manque quelque chose , tandis qu ilsnont jamais été malheureux il manque à leurvie des exemples de patience et de fermeté. Lavertu souffrante attendrit tous les cœurs qui ont (quelque goûr pour la vertu. Laissez-nous donc jle soin de vous consoler , puisque les Dieux vousmènent à nous : c est un présent quils nous font,et nous devons nous croire heureux de pouvoiradoucir vos peines.

Pendant quil parloit, Diomède étonné le re-gardoit fixement, et sentoit son cœur tout ému.

Ils s'embrassoient comme s'ils avoient été long-temps liés d une amitié étroite. O digne fils du sageUlysse ! disoit Diomède , je reconnois en vousla douceur de son visage , la grâce de ses dis-cours , la force de son éloquence , la noblesse deses senti mens et la sagesse de scs pensées.

Cependant Philoctète embrassa le grand fils deTydée : ils se racontoient leurs tristes aventures.Ensuite Philoctète lui dit : Sans doute vous se-rez bien aise - de revoir le sage Nestor : il vientde perdre Pisistrate , le dernier de ses enfans ;il ne lui reste plus dans la vie qu'un chemin de laf"