464 Le* Aventurestites jalousies qui marquent un esprit borné etune ame basse ; ils comprennent qu’on ne peutéviter d'être trompé dans les grandes affaires,puisqu'il faut s’y servir des hommes qui sont sisouvent trompeurs. On perd plus dans l’irréso-lution où jète la défiance , qu’on ne perdroit àse laisser un peu tromjper. On est trop heureux,quand on n'est trompe que dans les choses mé-diocres : les grandes ne laissent pas de s’achemi-ner , et c’est la seule chose dont un grand hom-me doit être en peine. Il faut réprimer sévère-ment la tromperie , quand on la découvre ; maisil faut compter sur quelque tromperie , si on neveut point être véritablement trompé. Un arti-san dans sa boutique voit tout de ses propresyeux , et fait tout de ses propres mains ; maisun Roi dans un grand Etat ne peut tout faire nitout voir ; il ne doit faire que les choses quenul autre ne peut faire sens lui ; il ne doit voirque ce qui entre dairs la décision de choses im-portantes.
Enfin , Mentor dit à Télémaque : Les Dieuxvous aiment et vous préparent un règne plein desagesse. Tout ce que vous voyez ici est moinsfait pour la gloire d'Idoménée , que pour votreinstruction ; tous les sages établissemens que vousadmirez dans Salente , ne sont que l’ombre dece que vous ferez un jour à Ithaque , (5) si vousrépondez par vos vertus à votre haute destinée. Ilest temps que nous songions à partir d’ici : Ido-ménée tient un vaisseau prêt pour notre retour.
Aussi-tôt Télémaque ouvrit son cœur à son ami»mais avec quelque peine, sur un attachement quilui faisoit regretter Salente. Vous me blâmerezpeut-être, lui dit-il , de prendre trop facilement
( 5 ) Si vous répondes par vos vertus à votre haultdestinée. C’est ainsi que M. de Fénelon parloit à so»élève , destiné à remplir le trône du Roi son ate“ •Toutes ces instructions , tous ces exemples ne teil "doient qu’à former en lui un bon Roi.