de Télémaque . Liv. X. 465des inclinations dans les lieux où je passe ; maismon cœur me feroit de continuels reproches ,si je vous cachois que j’aime Antiope , fille d I-doménée. Non , mon cher Mentor , ce n’est pasune passion aveugle , comme celle dont vousm’avez guéri dans l'isle de Calypso. J ai bien re-connu la profondeur de la plaie que 1 amour m’a-voit faite auprès d’Eucharis ; je ne puis encoreprononcer son nom sans être trouble ; le tempset l'absence n’ont pu l’effacer. Cette expe'riencefuneste m’apprend à me défier de moi-même ;mais pour Antiope , ce que je ressens n’a riende semblable : ce n’est point amour passionne' ,c’est goût , c’est estime , c’est persuasion. Queje serois heureux , si je passois ma vie avec elle !Si jamais les Dieux me rendent mon père , etqu’ils me permettent de choisir une femme, An-tiope sera mon épouse. Ce qui me touche en elle ,c’est son silence , sa modestie , sa retraite , sontravail assidu , son industrie pour les ouvragesde laine et de broderie , son application h con-duire toute la maison de son père depuis que samère est morte ; son mépris des vaines parures,l’oubli ou l'ignorance même qui paroit en ellede sa beauté. Quand Idoméne' e lui ordonne demener les danses des jeunes Cretoises au sondes flûtes , on la prendroic pour la riante Vé-nus , tant elle est accompagnée de grâces. Quandil la m.-ne avec lui à la chasse dans les forêts ,elle paroit majestueuse et adroite à tirer de l’arc ,comme Diane au milieu de ses Nymphes ; elleseule ne le sait pas et tout le monde l’admire.Quand elle entre dans le temple des Dieux , etqu’elle porte sur sa- tête les choses sacrées dansdes corbeilles, on croiroit qu’elle est elle-mêmela Divinité qui habite dans le temple. Avecquelle crainte et quelle religion l'avons-nous vueoffrir des sacrifices , et détourner la colère desDieux , quand il a fallu expier quelque faute ,QU détourner quelque funeste présage ! Enfin.
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