4S0 Les Aventuresincontinent pour alle'guer à Mentor quelque nou-velle raison de différer; mais le seul regard deMentor lui ôtoit la parole , et faisoit disparoî-tre tous ses beaux prétextes. Est-ce donc là, di-soit Mentor en souriant, ce vainqueur des Dau-niens , ce libe'rateur de la grande Hespe' rie , etce fils du sage Ulysse, qui doit être , apri.s lui,l’oracle de la Grèce ? Il n’ose dire à ldoménéequ’il ne peut plus retarder son retour dans sapatrie pour revoir son père. O peuples d'Ithaque !combien seriez-vous malheureux un jour , si vousaviez un Roi que la mauvaise honte domine , etqui sacrifie les plus grands intérêts à ses foiblessessur les plus petites choses ! Voyez, Télémaque ,quelle différence il y a entre la valeur dans lescombats et ]e courage dans les affaires. Vousn’avez point craint les armes d’Adraste , et vouscraignez la tristesse d’Idoménée . Voilà cequide's-honore les Princes qui ont fait les plus grandesactions. Après avoir paru des He'ros dans la guer-re , ils se montrent les derniers des hommes dansles actions communes, où d’autres se soutiennentavec vigueur.
Télémaque sentant la vérité de ces paroles, et pi-qué de ce reproche , partit brusquement sans s e-couter lui-même. Mais à peine commença-t-il àparoitre dans le lieu où Idoménée étoit assis, lesyeux baissés , languissans et abattus de tristesse,qu’ils se crsignirent 1 un l’autre. U n’osoit le re-garder : ils s’entendoient sans rien rien dire , etchacun craignoit que l’autre ne rompit le silen-ce ; ils se mirent tous deux à pleurer. Enfin Ido ménée pressé d’un excès de douleur , s’écria : Aquoi sert de rechercher la vertu, si elle récom-pense si mal ceux qui l’aiment ? apres avoir montrema faiblesse, on m’abandonne. Eh bien ! je vais re-tomber dans tous mes malheurs. Qu’on ne me parleplus de bien gouverner : non , je ne puis le faire ,je suis las des hommes. Où voulez-vous aller ,Télémaque ? Votre père n’est plus ; vous le
cherchez