488 Les Aventuresrit de venin , qui empoisonne les choses innocen-tes , qui grossit les petites , qui invente le malplutôt que de cesser de nuire ; qui se joue pourson intérêt de la de'fiance et de 1 indigne curiositéd’un Prince foible et ombrageux (17).
Connoissez donc , ô mon cher Te'lémaque !connoissez les hommes , examinez-les ; faites-lesparler les uns sur les autres; éprouvez les peu-a peu ; ne vous livrez à aucun ; profitez de vosexpériences , lorsque vous avez été trompé dansvos jugemens ; car vous serez trompé quelque-fois : apprenez par-là à ne juger promptementde personne , ni en bien , ni en mal. Les mé-dians sont trop profonds pour ne surprendrepas les bons par leurs déguisemens ; mais voserreurs passées vous instruiront très-utilement.Quand vous aurez trouvé des talens et de lavertu dans un homme , servez - vous - en aveçconfiance ; car les honnêtes gens veulent qu’onsente leur droiture ; ils aiment mieux de l’estimeet de la confiance, que des trésors ; mais ne lesgâtez pas en leur donnant un pouvoir sans bor-nes. Tel eût été toujours, vertueux , qui ne l’estplus , parce que son maître lui a donné tropd’autorité et de richesses. Quiconque est assezaimé des Dieux pour trouver dans tout unRoyaume (18) deux ou trois vrais amis d’unesagesse et d’une bonté constante , trouve bien-tôt par eux d’autres personnes qui leur ressem-blent , pour remplir les places inférieures. Par
(17) Le Roi ëtoit fort ombrageux , ce qui faisait qu’ilne se laissoit approcher que de très-peu de personnes.Il n’eut jamais de Favoris , mais il se laissoit aisémentprévenir. 11 était superstitieux , et cette foiblesse Stqu’on abusa souvent de sa crédulité.
(18) Le Roi n’eut point d’amis ; il avoir trop de hau-teur et de réserve : il n’eut que de lâches flatteurs qurl’émpoisonnèrent dès l’enfance par leur encens. Autantqu’il étoit sensible à l’amour, autant l’étoit-il peu à l’a-mitié qui naît de la communication et de la eoafïance.