de Télémaque . Liv , X . 493doivent ménager les autres hommes qui leur res»semblent. Si un inconnu vous fait tant de pitié ,parce qu'il est comme vous errant sur ce rivage ,combien devrez - vous avoir plus de compassionpour le peuple d’Ithaque , lorsque vous le verrezun jour souffrir ? Ce peuple que les Dieux vousamont confié, comme on confie un troupeau àun Berger , sera peut-être malheureux par votreambition r ou par votre faste , ou par votre im-prudence-, car les peuples ne- souffrent que partes fautes des Rois, qui devraient veiller pourles empêcher de. souffrir.
Pendant que Mentor parloit ainsi, Télémaque étoit plongé dans la tristesse et dans le chagrin-*et il lui répondit enfin avec un peu d’émotion :Si toutes ces choses sont vraies, 1 état d’un Roiest bien malheureux : il- est l'esclave de tous ceuxauxquels il paraît commander ; il n’est pas tantfait pour leur commander , qu’il est fait poureux ; il se doit tout entier à eux ; il est chargéde tous leurs, besoins. Il est l’homme de toutle peuple et de chacun en particulier ; il fautqu’il s’accommode à leurs foiblesses, qu’il lescorrige-en père , qu’il les rende sages et heureux.L’autorité qu'il paraît avoir , n’est pas la sienne ;il ne peut rien faire ni pour sa gloire , ni pourson plaisir : son autorité est celle des lois , il fautqu’il leur obéisse pour en donner l’exemple à sessujets. A proprement parler , il n’est que le dé-fenseur des lois, pour les faire régner ; il faut
| qu’il veille et qu’il travaille pour les maintenir ;
I il est l’homme le-moins libre et le moins tran-quille de son Royaume : c’est un esclave qui sa-crifie son repos et sa liberté pour la liberté etla félicité publique.
! Il est donc vrai, répondit Mentor , que le Roin’est Roi que pour avoir soin de son peuple »comme un berger de son troupeau , ou comme
j un père de sa famille. Mais trouvez-vous , monchor Télémaque * qu'il soit malheureux d'avoir