D'AllISTOSOliS. 519
les Juges de me reconnoître. Pour punir Jeur in-humanité , je déclarai que je consentois à êtrecomme un étranger pour eux ; je demandai qu’ilsfussent exclus pour jamais d’être mes héritiers ;les Juges l'ordonnèrent , et alors je montrai lesrichesses que j’avois apportées dans mon vaisseau;je leur découvris que j’étois cet' Aristo’noüs quiavoit acquis tant de trésors auprès de Polycrate de Samos , et que je ne m’étois jamais marié.
Mes frères se repentirent de m’avoir traité siinjustement ; et dans le désir de pouvoir être unjour mes héritiers , ils furent les derniers ef-forts , mais inutilement , pour s’insinuer dansmon amitié : leur division fut cause que les biensde notre père furent vendus ; je les achetai, etils eurent la douleur de voir tout le bien de no-tre père passer entre les mains de celui h qui ilsn’avoient pas voulu en donner la moindre par-tie ; ainsi ils tombèrent tous dans une affreusepauvreté ; mais après qu’ils eurent assez sentileur faute , je voulus leur montrer mon bon na-turel ; je leur pardonnai, je les reçus dans mamaison , je leur donnai à chacun de quoi ga-gner du bien dans le commerce de la mer , jeles réunis tous ; eux et leurs enfans demeurèrentensemble paisiblement chez moi ; je devins lepère commun de toutes ces différentes familles :par leur union et par leur application au travailils amassèrent bientôt des richesses considérables.Cependant la vieillesse , comme vous le voyez ,est venue frapper à ma porte ; elle a blanchi mescheveux et ridé mon visage ; elle m’avertit queje ne jouirai pas long-temps dlune si parfaite pros-périté. Avant que de mourir , j’ai voulu voirencore une dernière fois cette terre qui m’estchere, et qui me touche p’us que ma patrie mê-me , cette Lycie où j'ai appris à être- non et sa-ge , sous la conduite du vertueux Alcine. En re-passant en mer , j’ai trouvé un Marchand d'ùnetes isles Cyciades , qui m'a assuré qu’il restoic