$20 Les Aventuresencore à Délos un fils d'Orciloque qui imitoifla sagesse et la vertu de son grand-père Alci-11e. Aussi-tôt j'ai quitté la route de Lycie , etje me suis hâté de venir chercher sous les aus-pices d Apollon , dans son isle , ce précieux res-te d’une famille à qui je dois tout. Il me restepeu de temps à vivre : la Parque, ennemie dece doux repos que les Dieux accordent si rare-remettt aux mortels , se hâtera de trancher mesjours ; mais je serai content de mourir , pourvuque mes yeux , avant que de se fermer à la lu-mière , aient vu le petit fils de mon maître. Par-lez maintenant, 6 vous qui habitez avec lui danscette isle ! le connoissez-vous ? pouvez-vous medire où je le trouverai ? Si vous me le faitesvoir , puissent les Dieux en récompense vous fairevoir sur vos genoux les enfans de vos enfansjusqu'à la cinquième génération ! Puissent les Dieuxconserver toute votre maison dans la paix et dansl’abondance pour fruit de votre vertu ! Pendantqu’Aristonoüs parloit ainsi , Sophronime versoitdes larmes mêlées de joie et de douleur. Enfinil se jete , sans pouvoir parler , au coup du vieil-lard , il l’embrasse , il le serre , et il pousse avecpeine ces paroles entrecoupées de soupirs.
Je suis , ô mon père ! celui que vous cher-chez ; vous voyez Sophronime , petit-fils de vo-tre ami Alcine ; c’est moi, et je ne puis douter,en vous écoutant, que les Dieux ne. vous aientenvoyé ici pour adoucir mes maux. La recon-noissance qui sembloit perdue sur la terre , seretrouve en vous seul : j’avois oui dire dans monenfance qu'un homme célèbre et riche , établià Samos , avoit été nourri chez mon grnnd-pere:mais comme Orciloque , mon père , qui est mortjeune , me laissa au berceau , je n'ai su ces chosesque confusément : je n’ai osé aller à Samosdans l’incertitude , et j’ai mieux aimé demeurerdans cette isle, me consolant dans mes malheurspar le mépris de vaines richesses et par le doux