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sur les montagnes d’Arcadie et dans les gras pâ-turages de Sicile . C’est en cet état qu’il donne*sa maison à Sophronime : il lui donne encorecinquante talens Euborques , et réserve à ses pa-reils les biens qu’il possède dans la péninsule deClazomène aux environs de Smyrne , de Lebedeet de Colophon , qui étoient d’un très-grand prixLa donation étant faite , Aristonoiis se rembar-qua dans son vaisseau pour retourner dans 1 Io nie : Sophronime , étonné et attendri par desbienfaits si magnifiques , l'accompagne jusqu’auvaisseau les larmes aux yeux , le nommant tou-jours son père et le serrant entre ses bras. Aris-tonoiis arriva bientôt chez lui , par une heureusenavigation : aucun de ses parens n’osa se plaindrede ce qu’il venoit de donner à Sophronime : j’ailaissé , leur disoit-il, pour dernière volonté dansmon testament , cet ordre , que tous mes biensseront vendus et distribués aux pauvres d’Ionie ,si jamais aucun de vous s'oppose au don que <eviens de faire au petit-fils dAlcine. Ce sagevieillard vivoit en paix , et jouissoit des biensque les Dieux avoient accordés à sa vertu ; cha-que année , malgré sa vieillesse , il faisoit unvoyage à Lycie pour revoir Sophronime , et pouraller faire un sacrifice sur le tombeau d’Alcine,qu il avoit enrichi des plus beaux ornemens del’architecture et de la sculpture ; il avoit ordon-né que ses propres cendres , après sa mort, se-raient portées dans le même tombeau , afin qu’el-les reposassent avec celles de son cher maître.Chaque année au printemps , Sophronime impa-tient de le revoir , avoit sans cesse les yeux tour-nés vers le rivage de la mer, pour tâcher de dé-couvrir le vaisseau d’Aristonoüs , qui arrivoit danscette saison : chaque année il avoit le plaisir devoir venir de loin , au travers des ondes amè-res , ce vaisseau qui lui étoit si cher ; et la ve-nue de ce vaisseau lui étoit infiniment plus doi>ce que toutes les grâces de la nature naissante