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Les aventures de Télémaque, fils d'Ulysse / par F. Salignac de la Mothe Fénélon
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dArtstonoîîs.tu printemps après les rigueurs de l'affreux hiver»l/ne année il ne voyait point venir comme lesautres ce vaisseau tant désiré : il soupiroit amè-rement ; la tristesse et la crainte étôient peintessur son visage ; le doux sommeil fuyoit loin deses yeux; nul mets exquis ne lui sembloit doux,il étoit inquiet, alarmé du moindre bruit, tou-jours tourné vers le port ; il demandoit à tousmomens si on navoit point vu quelque vaisseauvenu dIonie : il en vit un ; mais hélas ! Aris-tonoüs ny étoit pas ; il ne portoit que ses cen-dres dans une urne dargent. Amphiclès , ancienami du mort , à-peu-près du même âge , fidèleexécuteur de ses dernières volontés , apportoittristement cette urne. Quand il aborda Sophro-nime , la parole leur manqua à tous deux , etils ne sexprimoient que par leurs sanglots. So-phronime ayant baise lurne , et layant arroséede ses larmes , parla ainsi : O vieillard ! vousavez fait le bonheur de ma vie , et vous me cau-sez maintenant la plus cruelle de toutes les dou-leurs ; je ne vous verrai plus ; la mort me se-roit douce pour vous voir et pour vous servirdans les champs Elysées , votre ombre jouitde la bienheureuse paix que les Dieux justes ré-servent à la vertu ; vous avez ramené en nosjours la justice, la piété et la reconnoissance surla terre ; vous avez montré dans un siècle defer, la bonté et linnocence de lâge dor; lesDieux avant que de vous couronner dans le sé-jour des justes , vous ont accordé ici-bas unevieillesse heureuse , agréable et longue ; maishélas ! ce qui devroit toujours durer nest ja-mais assez long : je ne sens plus aucun plaisirà en jouir sans vous. O chère ombre ! quand est-ce que je vous suivrai ? Précieuses cendres, sivous pouvez sentir encore quelque chose, vousressentirez sans doute le plaisir dêtre mêlées àcelles dAIcine ; les miennes sy mêleront aussiun jour ; en attendant, toute ma consolation sera