526 Les Aventuresde conserver ces restes de ce que j’ai le plus ai-»nié. O Arisronoiis ! non , vous ne mourrez point,et vous vivrez toujours dans le fond de moncœur ; plutôt m’oublier moi-même , que d'ou-blier jamais cet homrrje si aimable , qui m’atant aimé , qui aimoit tant la vertu , à qui jedevois tout.
Après ces paroles entrecoupées de profondssoupirs , Sophronime mit l’urne dans le tombeaud’Alcine : il immola plusieurs victimes , dontJe sang inonda les autels du gazon qui environ-noient le tombeau ; il répandit des libationsabondantes de vin et de lait ; il brûla des par-fums venus du fond de l’Orient, et il s'éleva unnuage odoriférant au milieu des airs. Sophroni-me établit à jamais pour toutes les années, dansla même saison , des jeux funèbres en 1 honneurd’Alcine et d'Aristonoüs. Cn y venoit de la Cla-rie , heureuse et fertile contrée ; des bords enchan-tés du Méandre , qui se joue par tant de détours,et qui semble quitter à regret Je pays qu'il arro-soit ; des rives toujours vertes du Caystres; desbords du Pactole , qui roule sous ses flots unsable doré ; de la Pamphiüe , que Cérès , Pomo-re et Flore ornent à l'envi ; enfin des vastes plai-nes de la Sicfle , arrosées comme un jardin patles torrens qui tombent du mont Taurus , tou-jours couvert de neiges. Pendant cette fête so-lemnelle , les jeunes garçons et les jeunes fillesvêtues de robes traînantes de lin , plus blanchesque le lis , chrntoient des hymnes à i honneurd’Alcine et d'Aristonoüs : car on ne pouvoirJouer l'un sans l’autre , ni séparer deux hommessi étroitement unis , même après leur mort.
Ce qu’il y eut de plus merveilleux , c’est quedès le premier jour , pendant que Sophronime fai-soit des libations de vin et de lait , un myrted’une verdure et d’une odeur exquise naquit aumilieu du tombeau, et éleva tout-à-coup sa têtetouffue pour couvrir les deux urnes de ses ra-