DE LA SUISSE.
tous couverts de ce mica qui en incruste la superficie , laremplit de rugosités & de petites inégalités qui ôtent à lasuperficie du crystal le poli & l’apparence vitreuse qu’il acommunément. Quant à la formation ultérieure des crys-taux & leurs formes ou accidens divers, nous renvoyonsà Texcellent ouvrage de M. Romé de Liste, notre butétant de rendre compte seulement de nos observations,& non de faire des dissertations. II y a de ces cavités quirenferment une prodigieuse quantité de ce mica en pous-sière. En rassemblant une quantité de mica que nous avonsenlevée à grattée de-dessus des morceaux de granit, nousavons produit une poussière toute pareille à celle qu’ontrouve dans les cavités, & il n’est pas douteux qu’elle neprovienne de la décomposition du granit ; mais on netrouve pas en même proportion le feld-spath crystallisé,& il est assez rare en raison du crystal de roche ou descrystaux de quartz, quoique le feld spath paroisse être enproportion égale & souvent plus forte que celle du quartzdans certains granits. Le fluide qui décompose le quartz,est-il plus abondant dans la Nature que celui qui décom-pose le feld - spath ? Quel est ce fluide ou cet agent ?Comment le mica se trouve-t-il ainsi en poussière dansces cavités, y est-il passé dans cet état ? S’il y est passéàns Tétât de fluidité, comment ne le trouve-t-on pas enmasse ou faisant corps ? Nous n’avons pas été assez heu-reux pour nous trouver à l’ouverture de quelque minede crystal, ainsi que nous en cherchions l’occasion , il yauroit eu peut-être quelque observation nouvelle à faire ;il est cependant probable que la Nature suit les mêmesprincipes, soit quelle travaille en grand, soit quelle travailleen petit, & que les observations que nous avons faites furles druses & cavités qui se trouvent en petit remplies d’eau,font également applicables à ces grandes cavités ou minesde crystal.
La chute des rochers découvre quelquefois des crys-taux de roche j les eaux les transportent dans les torrens,
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les fleuves & les rivières, on en trouve souvent sur lesglaciers. Les montagnes de la Suisse produisent des crys-taux depuis la plus grande pureté & la plus belle transpa-rence jusqu’à un noir fort enfumé, qui conserve une cou-leur roussâtre quand ils sont taillés mince; on le nommeassez improprement crystal noir, nous n’en avons pas vud’autres couleurs au Gothard, quoiqu’on nous ait présentésous le nom de crystal des spaths rouges, que la cristal-lisation feule fàisoit reconnoître pour ce qu’ils étoient. M.Gruner dit , page 184,, dans son Histoire des Glacières,déjà citée : « Le mont Saint-Gothard & tout le pays d’Our-» ner sont très-riches en crystaux de différentes couleurs &?> grosseurs , dans lesquels on trouve souvent des corps„ étrangers de tous les regnes de la Nature. La plus» grande partie de la montagne est de grès grossier , onr> ne trouve de crystaux que dans cette espèce de pierre ct.Nous avouerons qu’ayant vu la plus grande partie descabinets de la Suisse & des quantités considérables de crys-taux chez ceux qui en font commerce, nous n’avons paseu le bonheur de satisfaire notre curiosité sur ces corpsétrangers de tous les regnes de la Nature qu’on trouve sou-vent dans les cryjlaux ; nous avons déjà dit que ce qu’on ap-pelle des mousses ou de l’herbe, n’étoit que la décompositiondes mica qui sont dans le granit ; d’ailleurs nous n’y avonspas vu de plantes connues par les Botanistes, point d’in-scctes, de reptiles, de quadrupèdes; nous n’y avons pointapperçu non plus des oiseaux ou des poissons, ou quelques-unes de leurs parties ; cependant dans différens pays nousavons trouvé dans les Cabinets des crystaux qu’on disoitvenir de la Suisse, dans lesquels il y avoic des pyrites &des marcassites bien réellement incrustées dans l’intérieurdu crystal. Par cette observation nous ne prétendons pasdiminuer le véritable intérêt que les Naturalistes doiventprendre à ce que renferment d’ailleurs les montagnes du St.-Gothard ; il question de vérité & de détruire Terreur.
Route d’Altorf a Lucerne, par le Lac.
On s’embarque à Fluelen à une demi-lieue d’Altorffur le lac des quatre TValdscett ou cantons Forestiers; lesbords de ce lac sont des rochers souvent à pic & d’unetrès-grande élévation &c la profondeur de ses eaux propor-tionnée. Ces roches sont toutes calcaires & souvent remar-quables par la position singulière de leurs couches. A unedemi-lieue environ de Fluelen, fur la droite, des couchesde six pouces environ d’épaisseur sont déposées en zigzagscomme une tapisserie de point-d’Hongrie. A une lieue &demie, à côté de couches bien horizontales, de quatre àcinq pieds d’épaisseur , il y en a de contournées de formecirculaire & d’elliptiques. II seroit difficile de se faire uneidée de la formation de pareilles couches, & d’expliquercomment les eaux ont pu les déposer ainsi. Ces rochers àpic ou en pentes rapides, sont quelquefois entrecoupésde pâturages, de bois & d’arbres qui font de belles oppo-sitions avec la blancheur de ces pierres calcaires ; destouffes d’arbres & des buissons, fur leurs sommets, les dé-corent & viennent se peindre fur la superficie des eaux& doublent la masse totale de ces rochers immenses , furlesquels on paroi t passer tranquillement en bateau. Detems à autre, des sommets enxsore plus élevés se montrentà l’ìmproviste , & font voir leur tête couverte de glace &de neige ; ce sont le haut des glacières des environs d’En-Tome 1 .
gelberg. La chapelle du fameux Tell, qui le premierosa braver les Tyrans & s’en venger , est sur la droite du lac ;elle est bâtie fur le lieu ou il eut Tadresse de s’élancerhors du bateau, & d’échapper à ses ennemis. De mau-vaises peintures représentent la suite de toute cette His-toire ; elles suffisent pour rappelles au peuple ce que furentses peres. On a multiplié par - tout en Suisse ces sortesde représentations: fur les fontaines, les maisons de Ville,dans les lieux publics, jusques fur les maisons des particu-liers , on voit la représentation de quelque fait intéressantpour la nation, d’un Héros ou d’un Bienfaiteur, qui a servila patrie, ou quis’est sacrifié pour elle ; heureux le peuplequi a eu autant des bons patriotes pour ancêtres, &. quifait encore être patriote lui-même Plus loin au borddu lac, les bateliers indiquent avec complaisance le lieuoù les quatre amis jurèrent la première confédération, quia donné naissance à celles de leurs patries & depuis à toutescelles de la Suisse. Le lac tourne subitement à l’ouest ; àquelques toises du bord s’élève un rocher solitaire de 50pieds de haut environ ; il a la forme d’une barique allon-gée; les couches calcaires qui le composent sc sont fenduesperpendiculairement, & lui donnent une air de ces cons-tructions antiques revêtues de petits careaux cubiques ,nommés ouvrage réticulaire, dont les Romains couvroient
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