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Tome premier.
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DISCOURS SUR UHISTOIRE NATURELLE

calcaires, avec des veines de spath. La montagne qui bordele même côté est un espèce de grès fort compacte & fort■dur ; il est par couches , avec des veines de quartz : plusloin un autre torrent ne charie que des schistes d un beaunoir, qui font traversés en tout sens de veines d un beauspath blanc, qui y font le plus bel effet. Tout à côté, dansun autre torrent, on ne trouve que des grès ou pierressablonneuses. Quelle diversité dans la composition de cesmontagnes dans un petit circuit ! On sent combien il seroitintéressant d’avoir les positions respectives de toutes cesmontagnes , leur enchaînement & leurs hauteurs , & deconnoître comment leurs différentes substances font placéesîes unes par rapport aux autres : mais combien de tempsfaudroit-il pour bien faire un pareil examen ? Et à quel degréde connoissanceparviendroit-on?Un’y a qu’un homme, ha-bitant fur les lieux mêmes, qui puisse faire de pareilles recher-

Méridien

Parmi ces montagnes on distingué le Fal^-aber , Plan-che n°. 176 , dont le sommet est couronné de pointes &d’aiguilles, au-dessous defquelles on distingue une couchehorizontale. Une montagne en cône est en avant & succes-sivement plusieurs autres montagnes qui font très-rapides& avec des escarpemens : celles qui font les plus proches,fur-tout les tas formés des débris de celles qui font derrière,font boisées & couvertes de sapins. Ce qu’il y a de remar-quable dans le haut de la montagne de Fal^aber , est untrou percé en rond, qui paroît avoir environ trois pieds dediamètre en le voyant du village. Les trois, quatre & cinqMars, & les quatorze, quinze & seize Septembre , vieuxstyle, îe soleil passe derrière ce trou ; on en voit le disqueen plein les quatre & cinq, & il éclaire alors le clocher duvillage à’Ehn. Les habitans disent que ce trou est fortgrand, qu’il peut avoir environ vingt-cinq pieds de diamètre.On jugera si cette montagne est élevée, puisque le villageÂ’Eltn , couvert par cette montagne , est privé en hiver dela vue du soleil pendant six semaines. Quel pays, quel habi-tation au centre de l’Europe ! On voit commodément cetrou de la maison du Curé chez qui nous nous sommesarrêté & avons logé. Dans ces pays perdus il n’y a pointd’auberges , ces Messieurs veulent bien recevoir le peud’étrangers qui ont la curiosité dc voir de pareils pays. Ce Curénous fit manger du chamois & de la marmote, qui est fortbonne pour ceux qui ne craignent pas le goût sauvageon du

Entrée au p 'a y

Du village d’Elen on continue v a monter le reste dupetit vallon , pendant une lieue & demie parmi les mêmesespèces de pierres qu’on vient de décrire ; en passant autravers de bois & de forêts de sapins & de quelques pâtu-rages dont ce haut est couvert, on parvient au pied duBundner-berg , montagne des Grisons, qui ferme la têtedu vallon. On laisse a droite un fond ou espèce d’enton-noir, entouré de très-hautes montagnes inaccessibles, pours’enfourner à gauche entre des rochersqui font fort resserrés,où coule un torrent. Ce lieu seroit horreur si on ne fetrouvoit accoutumé par degrés à voir de ces positionseffrayantes: tout y est aride , il n’y a plus d’arbres ni devégétaux, ce font des rochers entassés les uns fur les autres ;ce lieu paroît d’autant plus affreux que le paliage a étésubit, & qu’en sortant des bois & des forêts, on fe trouve

ches, & îes pousser a un certain point ; on est obligé derester dans le sentier qu’on trouve dans des pays aussi diffi-ciles ; s’il étoit possible de suivre la trace d’une espèce depierre, & de franchir les obstacles qui fe rencontrent hchaque pas, il n’eft pas douteux qu’on trouveroit dans lesmontagnes qui ne font pas culbutées, des lits & des filonsde même espèce qu’on pourroit suivre a de grandes distan-ces avec de l’attention & en remarquant bien les hauteurs& la position des lieux; après de nombreux circuits onretrouve souvent les mêmes espèces, & on reconnoît quece font des suites de ce qu’on a observé à de grandes distan-ces. Des pâturages, un petit hameau, & quelques champsde pommes de terre, occupent un petit espace plus ouvertdans ce pays sauvage. Le fond du vallon est borné par detrès-hautes montagnes couvertes de neiges.

NATUREL.

gibier , elle est fort grasse & délicate. Ce pays est giboyeux,parce qu’il est à portée du Freyberg, qui est un terreinconservé , où l’on ne peut chasser qu’avec la permissiondu Magistrat. Quand on est fur ces montagnes très-élevées& dans la région des neiges, fur-tout du côté du midi, onentend îe cri ou l’espèce de sifflement de l’oiseau de proiequand il plane dans les airs : ne voyant pas de ces oiíeauxon nous dit que c’étoient des marmotes qui avertissoientqu’elles voyoient quelqu’un : en effet, après ce sifflement onen voyoit partir avec rapidité comme des lapins pour fe terrer& fe cacher ; quand le soleil luit elles s’y mettent entre quel-ques pierres pour être mieux abritées, & y font dans une formecomme les lièvres ; elles ne fe laissent point approcher, ilfaut les guetter, les surprendre & les tirer à balle ; les Suissesfont fort adroits chasseurs ; ils ont des fusils particuliers &longs pour cette chasse & celle du chamois. Les marmotesvivent d’herbes ; quand Ies froids approchent elles fe terrentct fe rassemblent au nombre de quatre, cinq, au plus six,dans le même trou, dont l’entrée est bien fermée de foin &de mousse ; on les trouve engourdies couchées les unes à *côté des autres, ayant fous elles du foin ct de la mousse.Elles font fort grasses quand on les déterre avant l’hiver,& fort maigres après ; on ne trouve rien dans leurs intes-tins ; d'où l’on prétend en Suisse & en Savoie que les mar-motes mangent quelque chose pour se vuider avant de seterrer ; voila ce que disent les chasseurs de ces pays.

s des Grisons.

tout-h-coup parmi ces rochers qui s’élèvent comme desmurailles, & dont on ne voit pas la cime ; cette gorge oùcette entrée qui fe nomme Jet {, est la communication ducanton de Glans aux Grisons; on a dit précédemment qu’ily en avoit une plus aisée par le Gros-Thal ou le grandvallon. Ce passage est très-curieux pour la Lithogéognosie,il est rare de trouver autant de phénomènes intéressansrassemblés, & des substances aussi variées par rapport àleurs positions ; c’est le local qui mérite le plus d’êtreexaminé en Suisse , & le plus difficile que nous ayons par-couru. On fe souviendra que nous avons continuellementmonté depuis Claris, & que nous nous trouvons au piedde ces montagnes ou de ces pics étonnans qui dominentles hautes Alpes ; on trouve ici la facilité peu communede pouvoir examiner ct voir le pied ou les fondemens de

ces