DELA
ces colosses qui couronnent le globe , parce qu’ils fontordinairement entourés de leurs débris & de leurs ébou-letnens qui en cachent le pied. Ici c’est une roche deschiste bleuâtre , dure & compacte, traversée de filons dequartz blanc & quelquefois jaunâtre, dans laquelle on ataillé un sentier pour pouvoir en franchir le pied. Cetteroche s’élève h une hauteur prodigieuse , est presque ver-ticale , & ses couches font â quatre-vingt degrés d’incli-naifon. L’imagination est effrayée de voir que de pareillesmalles ayent pu être ébranlées & déplacées au point d’a-voir fait presque un quart de conversion. Après avoirmonté & suivi cette roche parmi les pierres & les décom-bres, une heure & demie, on trouve cette roche de schistesurmontée d’autres rochers fort hauts qui font calcaires,à dont les lits font fort horizontaux. Les schistes qui fontdirectement fous les roches calcaires, conservent la mêmeinclinaison qu’elles ont à leur pied. Au milieu de ce pas-sage & entre ces roches schisteuses, est un mamelon composéde roches calcaires , fur lequel il y a un reste de sapins‘ra-bougris ; mais il faut remarquer que ces roches ont étéprécipitées des hauteurs, que les couches n’en font pas hori-zontales comme celles qui font au-dessus , & quelles nefont parvenues à la place où elles font , qu’accidentelle-ment : ces sapins placés dans ce gouffre , s’y font trouvésplus abrités, & font la feule production végétale qu’on yrencontre.
Les schistes rouges & verds, les pierres vertes com-pactes & de différentes nuances, dont nous avons parléprecédemment , en montant à Ekn , se retrouvent dansle torrent qui parcourt ce passage; de hautes & belles cas-cades y tombent à gauche par-dessus les lits calcaires , quifont horizontaux & à pic. A différentes reprises on passefur de grands amas de neige dans cette gorge qui en con-serve en tout tems ; depuis nombre d’années on n’y enavoit pas vu moins que dans celte année. On f a élevé dehautes perches de distance en distance pour indiquer lechemin , & empêcher ceux qui y passent de se perdre dansdes gouffres ou des endroits à pic, où on reste r o it ensé-veli dans les neiges fans aucune espérance de secoursdans un lieu si peu fréquenté. On parvient enfin à un petitvallon qui est presque de niveau; il n’est jonché & remplique de pierres, de blocs & de masses de rochers detoutes grandeurs ; toutes les eípèces de pierres dont nousavons parlé ci-devant, se retrouvent ici & plusieurs autres,qui par leur peu de dureté ou de liaison se détruisent parle frottement avant d’arriver dans le bas. Remarquez qu’il11 y a pas une feule espèce de granit; on peut déplus observerqu’aucune de ces pierres n’est arrondie , usée , ni frottée ,qu’elles font anguleuses & irrégulières comme si on venoitde les détacher du rocher, ce qui prouve qu’elles fontdans le lieu où elles ont pris naissance, au lieu que dansla Sernft , torrent qui parcourt le vallon , les mêmesespèces y sont arrondies ou roulées , ou sous forme degalets de toutes grosseurs ; c’est ainsi qu’on les trouveà Elen & plus bas. On renvoie à ce qura été dit au com-mencement de ces observations fur les pierres roulées.Enfin c’est une règle & une loi constante que íorsqu’onpourra suivre les mêmes espèces de pierres juíqu’aux hau-teurs d’où elles descendent, on les y trouvera toujoursentières, anguleuses , c’est-k-dire qu’elles ne seront pasdéformées dans les hauts où elles n’auront point essuyé defrottement, ni de roulis, & que ces mêmes pierres ferontarrondies & diminuées dans le bas des torrens, qui lesTome I.
SUISSE Ixi
auront amenées , efì raison de l’eípaCe qu’elles auront par-couru. Ce vallon à gauche est dominé par les rochescalcaires dont les sommets sont couverts de beaucoup deneiges, & sont k une hauteur prodigieuse. Dans cettegrande quantité de roches calcaires dont on voit commo-dément les flancs, on n’apperçoit nulle part des silex oudes pierres a fusil, fi communes dans les roches calcairesde nos contrées basses; nous n’avons pas non plus parléde pétrifications, parce que nous n’y en avons pas apperçu.Sans avoir cherché k les observer, cependant avec des yeuxaccoutumés k voir, il s’en seroit présenté k la vue d’un côtéou d’un autre , si ces roches en contenoient. Un mame-lon qui s’étend en long, & se trouve surmonter la pierre cal-caire , & sous la neige, est de la même espèce de pierreverte compacte k grains serrés, qui ne fait pas feu aubriquet, ni effervescence avec les acides, dans laquelle ily a quelques petits filons de quartz. 11 y avoit long-temsque nous cherchions l’origine de cette pierre que nousn’avions encore rencontrée que roulée : nous ne savonsquel nom lui donner, & où la classer, mais il paroît qu’onpeut la placer parmi les pierres argilleuscs. Ce mamelonest inséré dans la pierre calcaire, il s’y enfonce; les neiges& les endroits inaccessibles empêchent de reconnoître, &de suivre sa trace. 11 est k présumer qu’elle va s’appuyerfur la roche schisteuse qui est sous la pierre calcaire : dèsl’entrée du passage on voit que la roche schisteuse sert debase aux roches calcaires, &on en verra par la fuite la con-firmation.
Outre les espèces que nous avons déjk désignées , ontrouve encore dans ce petit vallon pierreux des pierressablonneuses peu liées, des schistes noirs, différentes espècesde colubrines feuilletées, verdâtres & jaunâtres, entre lesfeuillets desquelles il y a de petits filons & de petits ro-gnons de quartz ; de la pierre ollaire aussi mêlée de quartz,qui n’est qu’une variété de la précédente; une espèce deschiste verd par couches , mais strié & fibreux ressem-blant beaucoup k l’asbeste ; celle-ci paroît être une espèceintermédiaire entre le schiste & l’asbeste. Toutes ces espècessont argilleuscs k l’exception de la premiere , & se détrui-sent aisément par le roulis, raison pour laquelle on n’en trouveque peu ou point dans le bas du torrent. Chose remarquable,parmi toutes ces pierres, on n’en trouve point de cal-caires quoiqu’il y en ait fur les parties plus élevées. Dansbeaucoup d’endroits de ce vallon, il y avoit encore de laneige, & par l’humidité & les eaux qui y étoient, on pou-voit juger que le surplus de la neige s’étoit fondu dansles jours précédens. On monte encore un peu plus haut,6c on trouve un fond où les eaux se perdent & s’insil-trent dans l’intérieur de la montagne ; il n’y a point d’é-coulement d’ailleurs. C’est par l’infikration de ces eaux furles hautes montagnes qu’elles remplissent les bassins ou lesréservoirs qui sont l’origine des sources & des ruisseauxqu’on voit jaillir au pied des montagnes. On retrouve laroche de schiste qui est toute découverte ; elle est fort dé-truite, & ce n’est plus de la roche calcaire qui est ici furle schiste , mais une pierre sablonneuse grise , une espècede grès qui y est déposé horizontalement & par couches ;elle n’est pas assez dure pour faire feu au briquet. La par-tie inférieure de ce grès est mêlée de parties de schistesdont les lames ou feuillets se trouvent entre la pierre sa-blonneuse. U a bien fallu que ce grès soit liquide , pours’insinuer ainsi entre ces schistes, & que ces derniers fussentdéjk décomposés par le haut pour que les parties sabîon-
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