TABLEAUX TOP O GRAPHIQUES.
neiges fondues, qui en sillonnent d’abord la superficie, Sc secreusent aisément des canaux profonds dans cette matièrefluide : moins les amas de glace s’accroisscnt, Sc plus cespyramides ont de hauteur, parce que les eaux en approfon-dissent continuellement leS intervalles ; plus ces courants ontde détours, plus les pyramides ont de cotés ; Sc un anglesaillant de l’une s’avance toujours dans l’angle rentrant decelle qui lui est opposée. Ainsi , suivant M. Gruner , la naturenous montre en petit que ce font les eaux courantes quiforment toutes les montagnes.
La partie inférieure des amas de glace est ordinairementla moins étendue ; les eaux y étant plus resserrées, y âcquèrentplus de force en s’y creusant des lits plus profonds : de-l'avient que les pyramides y ont plus de hauteur. Sous les valléesdéglacé il y a des eaux qui s’écoulent par les fentes qui font aFextrémité de ces vallées : il est vraisemblable que leur surfaceinférieure se liquéfie autant & peut-être plus que la surfacesupérieure : cet effet est produit nécessairement par les exha-laisons souterraines que cette voûte de glace reçoit Sc rastem-ble, comme le réfrigèrent d'un alambic.
Lorsque les vallées se terminent par un terrein plat, uni ,. ,a l’abri du soleil Sc des vents du sud ; les neiges n’y fondentpoint, les eaux n’y prennent pas leur cours, il ne s’y formeaucune pyramide, Sc la masse est terminée tout-a-coup parune coupe verticale, où l’on volt distinctement, sur-tout auprintemps, de petits canaux perpendiculaires. Ces espèces demurs de glace éprouvent beaucoup moins de changemens deforme que les pyramides.
Les lits de glace font auííì formés par les eaux qui s’écoulentdes vallées de glace, Sc rencontrant des terreins plats où leurcours est lent, y gèlent de nouveau : les lavanges contribuentsouvent à la formation de ces lits ; ceux qui font entourésde hautes montagnes couvertes de neige, font les plus con-sidérables , mais tous ont des pyramides très-élcvées.'
Ainsi tous ces amas de glace en général font formés parles neiges fondues, qui coulant des sommets des montagnes,regèlent ensuite fous différentes formes , suivant celle desterreins qu’elles couvrent alors : telle en est l’origine simpleSc naturelle. On ne peut plus admettre aujourd’hui qu’i/rcroissent du fond j qu ils fe forment par-dejfous , de bas en haut , &repoussent avec force tout ce qu’ìls rencontrent ,■ opinion vulgairequ’on voit avec surprise adoptée par quelques auteurs. LaCarte de Jean-Jacques Scheuchzer, où l’on trouve ces mêmeserreurs , est une copie de celle de Merian. On doit a M. Alt-mann, de Berne, d’avoir vu le premier que les amas inférieursdévoient leur origine aux vallées supérieures , qu’il appellemer de glace ■ mais, comme l’observe M. Gruner , son imagi-nation aidée par la restemblance des noms, lui a fait croireque ces vallées pouvoient rejettes de leur sein des morceauxde glace tout formés, des pyramides entières. Outre quecette idée singulière n’est fondée ni fur des faits, ni fur únepossibilité même apparente, les faits la détruisent. Les valléessupérieures qui font environnées de revêtemens composésde glace pure, ne font clles-mêmes remplies que de neiges ;les plus grandes masses de glace, les pyramides les plus hautesfont les plus éloignées des vallons de glace : enfin il est évidentque des glaçons jettés au hasard les uns sur les autres, n’au-roient pas pu fe réunir pour former une feule masse.
(7) Sectr.IX pag. 246-254.
Les glacières du Nord, qui font conformes à celles de laSuisse , ainsi que le prouve M. Gruner, dans une Sectionparticulière (7) de la seconde Partie de son Ouvrage, se for-ment sans doute de la même manière ; mais le point de lagelée étant plus bas dans ce climat, on y doit trouver plusde glace en général, & à de moindres hauteurs que dans nosclimats tempérés.
Dans quel ( 8 ) temps les monts de glace ont-ils été formés ìSont-ils aussi ancipis que la terre même, ou doivent-ils leurexistence à des évènements plus récents ? Loin de pouvoirêtre résolues, a peine ces questions admettent la conjecture ,Sc l’Histoire Naturelle de la Terre y peut feule répandre quel-que jour ; mais celle de la Suisse en particulier offre plusieursfaits qu’on n’a point encore apperçus , & l’examen de cepays élevé contribuera peut-être plus que celui de tout autrepays, à perfectionner la théorie du globe terrestre.
II est vraisemblable que la terre a toujours eu des monta-gnes : la nécessité de leur existence, leur utilité, la perfectionde notre globe, le plan du plus parfait Univers, tout nousengage à le croire. Une autre opinion adoptée par les Natu-ralistes , c’est que les montagnes ont été formées dans les eaux& par les eaux : toute la théorie de la terre en paroît unepreuve continuelle.
La Suisse est un amas de montagnes, du moins en est-elleenvironnée : on a des preuves certaines qu’elle a été cou-verte autrefois par les eaux de la mer j lorfqu’elles l’ont aban-donnée, soit que cet écoulement soit arrivé par dégrés lents,ou qu’il ait été subit, comme quelques-uns le conjecturent,il est également certain que le volume Sc la rapidité de ceseaux ont creusé dans le pays élevé des vallées profondes, Sclaissé derrière elles de grandes montagnes : on ne peut passavoir si la mer, suivant son cours ordinaire , a couvert laSuisse dès la formation primitive de la terre, ou seulementlors du déluge , Sc durant combien d’âges elle a caché cetteportion de la terre. J’omets ici la conjecture de M. Gruner,fur le temps où les montagnes de Suisse ont commencé deparoître, Sc selon toute apparence, font devenues monts deglace. L’Auteur raisonne, d’après cette idée, que toutes lesparties de la terre ont toujours été semblablement posées parrapport à toutes les parties du Ciel. Mais, comme l’observeM. de Keralio, dans une Note au bas du texte de M. Gruner,cette vaste mer qui travaille fans cesse la terre , ces eauxdu Ciel qui transportent les terres des sommets au fond desvallées, Sc ces courants qui sc creusant des lits, portentcontinuellement des matériaux à la mer ; enfin ces rnouve-mens, ces remuements perpétuels, ne peuvent-ils pas, enconservant la figure du globe, laquelle est nécessaire au sys-tème général, changer l’axe de ce globe Sc la position relativede toutes ses parties ? Les troncs de palmier trouvés dansles pays froids, les os d’éléphant déterrés vers la mer Ra-ciale , peuvent y faire réfléchir. Si ce changement a lieu ilprépare aux Astronomes, comme aux Géographes, un travailaussi continu que l’existence de la terre.
Mais comment cette mer, qui depuis tant de siècles est àprès de cent lieues des montagnes de la Suisse , s’est - elleretirée à cette distance ? Quelle est l’époque de ce chaude-ment ! elle est fans doute la même que celle de l’origine desmonts de glace ; ce changement est-il arrivé avant ou après, ou
(8) Ibid. Partie III. Seít. III. pag, 299-315.
/
f