PITTORESQUES,^.
pendant le déluge de Moïse ì II n’est pas vraisemblable que lanier ait couvert l’Europe en un temps postérieur à ce déluge.
, L’histoire de cette période nous est généralement connue. Al’égard des temps qui ont précédé le déluge de Moïse, onn ’en peut pénétrer les ténèbres qu’avec le flambeau de laReligion. Quant au déluge même, il est vraisemblable quela mer en se retirant alors, laissa l’Europe à sec. Continuonsles observations de M. Gruner. Quoi qu il en soit , ajoute-t-ìl,il ejl certain que la portion du globe nommée aujourd’hui la Suisse >a été sous les eaux de la mer ; que cette portion du globe étant devenuela plus haute des contrées circonvoifines , les eaux ont laissé d décou-vert les montagnes de ce pays , qui étant fort élevées & beaucoup plusvoisines du point de la gelée qu elles ne Vétoient auparavant , ontconservé la neige & la glace entassées dans leurs vallons.
M. Gruner ( 9 ) distingue trois espèces de glace, il entendfous ce nom, un composé de neige, & de glace 6c non cetteglace commune qu’on trouve par tout en hiver. Voici ladistinction de la première espèce.
Sur les hautes montagnes 6c fur leurs sommets couvertsde neige, on ne trouve aucune glace proprement dite, maisune neige vieille 6c durcie : il ne pleut jamais fur ces montsdont les sommets se cachent dans les nues, mais les vapeurs< 3 .ui s’élèvent dans cette région de Pair ne retombent qu’enflocons de neige ; cette neige se durcit peu-à-peu sans formerune masse unique , elle perd seulement les parties aqueusesqu’elle contient encore , 6c les autres parties Rapprochantl’une de l’autre, le tout devient plus solide. La chaleur dusoleil n’est pas assez forte à cette hauteur pour fondre toutela neige : elle n’agit tout au plus qu’à la surface, qui gèlede nouveau durant la nuit, 6c couvrant la masse de neiged’une couche de glace, la rend encore plus ferme 6c moinssujette à se détacher du roc. Ce n’est que dans les tempsles plus chauds qu’il tombe des neiges des plus hauts som-mets : leur chute les réduit en poudre, & on les trouve dansle vallon fous la forme de glace pulvérisée, très-légère 6ctrès-sèche.
La seconde espèce de glace est celle que l’on observe dansles vallons 6c dans les champs de glace ; elle offre des variétés,selon que le tcrrein qui la porte est plus ou moins haut.
Les vallées de glace font fi élevées que les vapeurs n’y retom-bent pas en pluie : mais les rayons du soleil, étant plusrassemblés dans une vallée, y frappent avec plus de force,la neige y fond plus facilement que fur les sommets. Cequi en a été fondu durant le jour, regèle durant la nuit,
& lorsqu’il y tombe de nouvelle neige, elle se fond &; regèlede même; mais elle ne fond jamais qu’à la surface, 6c leteste conserve la forme de neige : ainsi le vallon de glaceest composé de couches de neige durcie, & de couches d'uneglace un peu transparente.
Quant áux amas formés par l’écoulement des neiges fondues,ils sont d’une véritable glace, 6c cette glace est la plus dure destrois espèces. Ces neiges fondues qui s’écoulent fur les partiesinclinées de la montagne, y gèlent de nouveau, elles y fontcouvertes par de nouvelles neiges qui font arrosées par lespluies , sur-tout au bas des montagnes, 6c quoiqu elles ydeviennent une glace parfaite, elle eit cependant peu trans-parente à la surface extérieure, 6c quelquefois elle ne 1 estaucunement.
DE LA SUISSE. i S
On trouvera que les glaces dçs montagnes de Suisse necontiennent ni beaucoup, ni peu de parties de nitre. II sortdes animaux, des plantes 6c des minéraux, certaines vapeursqui se répandent dans l’air, 6c l’eau des neiges n’est pas auíîïpure que lorsqu’elle est sortie de la terre. Mais il paroîtcertain que ces vapeurs sont formées seulement des partiesaqueuses 6c spiritueuses de ces corps, 6c non de leurs partiessolides & terrestres. De plus, il ne peut s’élever d’exhalaisonsde la nature du salpêtre, parce que cette espèce de sel nese forme que dans une matrice terreuse ; la Chymie ne peuttirer ni de l’eau de pluie, ni de la neige, ni de la grêle, nide la glace, la moindre partie de salpêtre. II n’est pas dou-teux qu’en des contrées couvertes de glace, il y a moinsd’exhalaisons que dans les plaines où l’air est tempéré. IIn’est pas moins certain que la glace & la neige sont beaucoupplus légeres que l’eau commune. L’eau de neige 6c de glacefondues ayant la même propriété, est plus disposée à geler ,& lorsqu’elle passe à cet état, ses parties étant plus subtiles,doivent se condenser plus que celles de l’eau commune.De plus, la neige qui tombe fur les sommets des montagnesest plus pure que celle qui tombe au fond des vallées ; laraison en est sensible : la neige est formée de vapeurs geléesdans l’air, Sc celles qui s’élèvent des sommets dé j a couvertsde neige 6c de glace, sont moins mêlées de parties grossières.
La neige des hautes montagnes étant la plus pure, secondense davantage 6c contient moins d’air élastique : elledoit donc être la plus dure 6c la plus durable. On a remarquéaussi que cette glace vieillie ne peut pas être fondue en lameshorisontales comme la glace commune, 6c qu’on n’y apper-çoit ni couches ni lits.
II n’est plus douteux aujourd’hui que la glace ne s’évapore.La glace des montagnes de Suisse est plus légère, plus dure6c plus durable, mais beaucoup moins transparente que laglace commune. Celle-ci contient beaucoup d’air 6c d’eau,qui la rendent transparente , 6c l’autre a perdu presqu’enentier, par le degré de froid 6c par l’évaporation , ses partiesaériennes & aqueuses.
La glace du Nord est verdâtre, parce qu’elle est forméed’eau salée ; celle de Suisse qui est formée d’eau douce, estblanchâtre ou de couleur bleue. M. Gruner (xo) a aussi traitédes dispositions accidentelles des monts & amas de glace.E 11 voici une commune à tous fans exception, ce sont lesfentes 6c crevasses qui s’y forment souvent avec un grandbruit. Le poids de ces grandes masses, faisant un effort con-tinuel contre le fond de roc ou d’eau qui les supporte, doitles faire éclater aux endroits les plus foibles. De plus, lorsqueles eaux de neige ou de pluie qui s’écoulent des valléessupérieures, enflent celles qui supportent les amas de glace■éc en couvrent en même-temps la superficie, ( deux circons-tances que les habitans des montagnes disent être fréquentes6c arriver souvent en même-temps ) ; les vents souterreinssc trouvant d’autant plus resserrés, 6c agités par le mouve-ment des eaux, cherchent une issue aux parties foibles, 6cy font éclater la glace.
Lorsque ces vents sont un peu plus forts 6c plus resserrés,ou mis en mouvement par des forces plus puissantes, ilsoccasionnent de petits tremblemens de terre ou d’amas deglace : les habitans du pays disent qu’ils sont assez fréquens,
(s j Ibid. Partie III. SecL IV. pag. 314-311.
( 10)Ibid. PartieIII. Sest, V.pag. 311-334.